En tant que gestionnaires d’espaces, les forestiers ont leur part de responsabilité dans la gestion de l’eau et des milieux aquatiques. La forêt, à condition qu’elle soit gérée durablement, a en effet un impact fort sur la qualité de notre environnement et peut être considérée comme un acteur à part entière de la gestion du milieu et des ressources naturelles. La montée des préoccupations de l’opinion publique, relatives aux inondations et à leurs causes d’une part, à la qualité et au prix de l’eau potable d’autre part, a contribué à réintroduire l’arbre et la forêt dans le débat, au moins dans certains contextes régionaux. Il est donc indispensable de mettre à la disposition des forestiers, mais aussi de tous ceux ayant la volonté de faire appel au boisement quel qu’en soit la forme (boisement en plein, en bosquet, haie, ripisylve, agroforesterie,…) des outils techniques et financiers permettant de concilier gestion forestière, économie et protection de la ressource en eau.
Les espaces forestiers ont des fonctions multiples, ils peuvent être source de revenus (production de bois et d’autres matières premières, ressources cynégétiques) mais aussi de vie et d’aménités (préservation de la biodiversité, stockage de carbone, protection du sol et des eaux).
Les forêts tout en assurant une occupation durable et maîtrisée des terres peuvent être sources d’espaces récréatifs et améliorer la qualité des paysages.
Vis-à-vis de la protection des eaux, le boisement assure un double rôle :
Les formations boisées, en général, ont une très forte capacité à absorber les nitrates et autres polluants présents dans l’eau du sol. Elles limitent ainsi la pollution des eaux de surface et des nappes. Le boisement intercepte les précipitations, diminue le ruissellement, réduit l’érosion des sols et favorise l’infiltration profonde des eaux (14).
Les ripisylves [1] participent par exemple à la régulation des flux de nitrates dans les hydrosystèmes car, traversées par d’importantes masses d’eau, elles puisent et stockent efficacement l’azote. Une jeune ripisylve peut prélever en moyenne 0,38 g d’azote/j/m2 soit 38 fois plus qu’une prairie pâturée (7). La forêt alluviale peut quant à elle constituer un champ d’expansion des crues et ralentir le courant de façon conséquente, tout en assurant le stockage d’un volume important de matières en suspension (MES) contribuant ainsi à un écrêtement des débits de pointe de crue (14).
On l’aura compris, la protection des captages d’eau potable nécessite des mesures de protection durables et efficaces. Sur ce point primordial, le boisement est la mesure de protection la plus adaptée. Il permet de maintenir une couverture végétale pérenne, de maîtriser les terres, sans que l’entretien des parcelles ne soit trop lourd, la gestion forestière étant un mode extensif de valorisation des parcelles. Dans certains cas, les peuplements pourront produire un revenu non négligeable à plus ou moins long terme. L’installation du boisement peut être rentabilisé par la production des bois de qualité, une partie des bénéfices pourra alors être réinvestie le cas échéant par la collectivité exploitant la ressource en eau pour l’acquisition de nouvelles parcelles et ainsi augmenter la maîtrise des terres autour du captage. Pour ces raisons, le boisement est régulièrement considéré comme un outil efficace et peu coûteux d’aménagement des bassins versants, dans l’objectif d’améliorer la qualité de l’eau prélevée dans les nappes.
[1] Ripisylve : Milieux boisés en relation avec les berges des cours d’eau et leur nappe (Source : CRPF Nord - Pas de Calais - Picardie)