Accueil du siteDossiers thématiquesMilieux naturels > Boiser les périmètres de protection de captages d’eau potable : Intérêts, préconisations et choix de sites pilotes en Poitou-Charentes > B. Historique : L’implication des forestiers dans l’amélioration de la ressource en eau

- B. Historique : L’implication des forestiers dans l’amélioration de la ressource en eau -


1 : En France et en Europe

L’expérience de gestion durable et écologique menée par la ville de Munich pour la gestion de sa ressource en eau est actuellement l’une des plus citées. En effet, du fait d’une contractualisation poussée avec les agriculteurs et les forestiers, le bassin hydrographique qui surplombe Munich a été reboisé sur plus de 1500 hectares. Cette forêt filtre naturellement 11 millions de mètres cubes d’eau par an. L’eau potable distribuée à près d’1 million d’habitants est d’excellente qualité et ne nécessite qu’un traitement très léger pour la consommation. Cette forêt produit également du bois d’œuvre de qualité dont les produits représentent 580 000 euros par an.

Cet exemple a permis de fournir des chiffres quant à la valeur du service de production d’eau propre rendu par la forêt.

Le surcoût induit par la plantation d’un massif boisé type forêt alluviale sur un périmètre de captage a également pu être calculé, et comparé au surcoût induit en France par des traitements simples (minimum imposé) et les traitements sophistiqués sur de l’eau potable non naturellement protégée (7).

Pour une quantité d’eau « récoltée » correspondant à 1000 m3/ha/an (soit l’équivalent de 100 mm/an de pluviométrie), le surcoût induit par la plantation d’arbres sur un périmètre de captage serait de 0,01 à 0,05 euros/m3, contre un surcoût induit par les traitements simples de 0,23 euros/m3. Dans cet exemple, l’installation de boisements en périmètre de protection de captage d’eau potable permet d’économiser de 0,22 à 0,17 euros/m3 ce qui rapporté aux 11 millions de m3 d’eau exploités représente par exemple une économie de 1 870 000 euros par an pour la ville de Munich.

Dans ce sens, de nombreux projets ont déjà vu le jour en France et en Europe :

  • Le programme LIFE européen « Forest for Water », engagé conjointement en Suède, au Royaume Uni et en France (Région Rhône Alpes) a pour objectif d’appliquer dans le domaine forestier, la Directive Cadre sur l’Eau de l’Union européenne (DCE). Cette Directive, en induisant dans l’analyse écologique des eaux une prise en compte plus précise de l’ensemble du bassin versant, intègre la forêt dans la politique de l’eau. Ce projet, grâce à la mise en place de parcelles d’expérimentation, vise à identifier les différents services rendus par la forêt en matière de protection de l’eau, et à les évaluer financièrement, le but étant de pouvoir contractualiser ces services avec les propriétaires forestiers. Le projet veut également mener des actions d’animation nécessaires pour que les propriétaires forestiers se positionnent en tant qu’interlocuteurs prêts à s’engager et à assumer leurs responsabilités. Pour cela il faut auparavant expérimenter de façon à progresser sur le “que faire ?” mais aussi sur le “comment faire ? Et à quel coût ?”. Le dialogue et le rapprochement entre les propriétaires et gestionnaires forestiers “prestataires” et les collectivités “bénéficiaires” est également indispensable dans ce processus (12).
  • L’action conjointe entre le Laboratoire d’Economie Forestière de l’INRA et l’Institut pour le Développement Forestier (IDF). Cette étude, débutée en septembre 2006, porte sur la valorisation des services de production d’eau propre rendus par la forêt. Elle doit permettre de répondre aux trois questions suivantes :
    • Quelles gestions sylvicoles mettre en œuvre pour optimiser le service rendu pour l’eau ?
    • Comment quantifier la valeur du service de production d’eau propre rendu par la forêt ?
    • Comment intéresser les forestiers à la mise en place de ces méthodes de gestion ?

Une attention particulière est attachée aux moyens de contractualiser les services fournis par les forestiers pour la production d’eau propre. Une première approche se concentre sur les problématiques liées à l’eau potable. Cette approche est menée à deux niveaux.

  • A un niveau général (départemental ou régional), où l’objectif est d’identifier l’influence des forêts existantes sur le prix d’alimentation en eau potable.
  • A un niveau plus précis, autour de sites pilotes, où l’objectif est d’étudier les effets d’actions concrètes. Les sites choisis sont les suivants : Rennes (Bretagne), Moises Forchat (Rhône Alpes), Les Andelys (Normandie) et un site à définir en Lorraine (15). Un site associé pourrait également être choisi en Poitou-Charentes en partenariat avec le projet mené par le CRPF Poitou-Charentes sur le boisement des périmètres de protection de captages d’eau potable.
    Des rencontres avec l’IDF et des visites de terrains sur les sites pilotes ont d’ailleurs été organisées lors du stage montrant tout l’intérêt de la démarche engagée.

Des démarches privées reposant sur des mesures de protection forestières ont également vu le jour (protection des sources d’eau de Vittel, protection des sources thermales de la Roche Posay en Vienne,…).

2 : En Région Poitou-Charentes : l’expérience du CRPF

Comme le définit l’article L1 du code forestier : « La politique forestière participe à l’élaboration et à la mise en œuvre d’autres politiques en matière notamment de développement rural, de défense et de promotion de l’emploi, de lutte contre l’effet de serre, de préservation de la diversité biologique, de protection des sols et des eaux, et de prévention des risques naturels. »

Depuis de nombreuses années, le Centre Régional de la Propriété Forestière, Etablissement Public Administratif, conseille et aide les propriétaires forestiers à mieux gérer leur patrimoine. Il invite les propriétaires à raisonner leurs choix de gestion en prenant notamment en compte les enjeux environnementaux et sociaux.

Le Schéma Régional de Gestion Sylvicole (SRGS) rédigé par le CRPF Poitou-Charentes et approuvé début 2005 par le ministre de l’Agriculture insiste sur deux enjeux prioritaires en ce qui concerne la conservation et la gestion des espaces boisés : celui de la biodiversité et celui de l’approvisionnement en eau potable.

En outre, et dans cette logique, les forestiers en partenariat avec l’ensemble de la filière forêt bois se sont dotés de nouveaux outils visant la promotion et la valorisation du produit bois tout en offrant au consommateur l’assurance que le produit qu’il achète provient d’une forêt gérée durablement (marque PEFC).

L’expérience scientifique et technique du CRPF acquise lors de l’accompagnement des candidats au boisement de terres agricoles sur plusieurs centaines d’hectares, a également permis avec l’aide d’autres structures (associations de protection de l’environnement, collectivités territoriales, établissements publics, administrations,…) de mener à bien de nombreux projets en relation avec la protection de l’eau et des milieux aquatiques.

Le CRPF a par exemple lancé un programme d’action sur les ripisylves réalisé avec 6 syndicats de rivières et leurs techniciens et financé par l’Agence de l’eau Loire Bretagne.

Dans le cadre de la Politique de Qualité de la Gestion Forestière Durable (PQGFD) issue de PEFC, le CRPF s’est également engagé dans un programme de réflexion sur les pratiques populicoles dans les vallées, de manière à concilier environnement et production de bois. Trois étapes successives ont ainsi été retenues : inventaire, expérimentation et vulgarisation.

En 2006, le CRPF a voulu aller plus loin en matière de protection et d’amélioration de la ressource en eau, et a lancé une étude sur le boisement en périmètre de protection de captages d’eau potable. La première étape a consisté à démontrer le rôle de la forêt et des boisements sur la qualité et la quantité des eaux. Cette première phase a permis de récolter des données, de faire connaître l’implication du CRPF en matière de protection des ressources naturelles et d’amorcer des partenariats entre les forestiers et les acteurs de l’eau. Cela a ouvert de nouvelles perspectives et a permis d’entreprendre cette nouvelle phase, basée sur l’expérimentation, avec la mise en œuvre concrète de boisements de protection de captages d’eau potable en Poitou-Charentes.

Dans chaque action le CRPF a veillé à maintenir l’équilibre entre animation et investissement. L’accompagnement par la structure animatrice rappelle les enjeux, assure le suivi des réalisations et garantit ainsi le déroulement des opérations de façon à atteindre les objectifs visés.