Ces trois cultivars composent principalement la peupleraie de Poitou-Charentes. Après les avoir suivis pendant de nombreuses années, nous les connaissons bien et sommes en mesure de situer leurs valeurs respectives dans des gammes de terrains variés. Les données moyennes fournies ci-après sont tirées du dernier bilan sur l’expérimentation de fin 1998. Ce sont des accroissements moyens annuels sur la circonférence (AMAC), calculés sur une période qui varie de 6 à 14 années. Ils tiennent compte de toutes les situations de nappe et sont donc sous-estimés pour des arbres installés dans l’idéal (sol à nappe située à 50/150 cm. de profondeur).
Dans un sol à texture très argileuse, l’amac calculé sur 6 pousses varie presque du simple au double entre Blanc du Poitou et Dorskamp. Le clone I.45-51 se situe entre les deux, mais plus près de Blanc du Poitou. Dorskamp (7,2 cm) est le choix à faire dans ce type de sol.
Quand le terrain est moins argileux, mais le reste de manière dominante, les accroissements sont supérieurs de 30 %. Suivi dans ces conditions sur 13 pousses, Dorskamp (8.6 cm) devance encore I.45-51, mais ce dernier n’y est pas ridicule (7 cm).
Pour les sols limoneux et à dominante limoneuse, quatre peupliers sont bien connus avec 14 années de recul. Blanc du Poitou est le moins performant (6,5 cm), dépassé par I.45-51 et Dorskamp, eux-mêmes supplantés par un quatrième larron, le deltoïde Alcinde (9,2 cm.). Les constatations faites avec ces quatre clones installés dans les terrains à texture équilibrée sont presque les mêmes.
Enfin, en sol tourbeux, nos données sur 9 pousses classent Blanc du Poitou dernier, derrière I.45-51 et Dorskamp , tous les trois avec de très bonnes croissances (de 6,9 à 9,1 cm).
Quelles que soient les conditions de station, ces trois cultivars sont toujours classés dans le même ordre, mais avec des écarts variables. Par exemple, l’avantage de Dorskamp sur Blanc du Poitou est de 75 % en station de qualité médiocre (excédent d’argile). Il descend à 40 % en terrain à texture équilibrée et tombe à 32 % en sols limoneux ou tourbeux. Il n’y a donc pas photo, si le choix du clone est fait d’après sa vigueur seulement : Dorskamp est vainqueur.
Mais d’autres critères peuvent intervenir. Concernant notamment la rusticité des cultivars, I.45-51 et surtout Blanc du Poitou supplantent un Dorskamp exigeant en taille de formation et élagage. D’ autre part, le choix d’un peuplier continuant à pousser à un âge avancé imposera Blanc du Poitou. Enfin, ces peupliers n’ont pas tous le même comportement face à l’adversité. Par exemple, si Blanc du Poitou et I.45-51 sont d’anciennes sélections supportant très bien certaines maladies du feuillage (Marssonina et Rouilles), Dorskamp, plus moderne, pourrait voir un jour sa résistance aux rouilles, correcte jusque là, être contournée par une race nouvelle du champignon.
Tous ces facteurs doivent être nécessairement pris en compte, quand il s’agit de faire le choix d’un peuplier. Il ne faut pas oublier que, s’ajoutant aux quatre individus mentionnés dans cet article, d’autres aussi, sont subventionnés par l’Etat, et méritent grandement qu’on les utilise afin de diversifier la peupleraie de notre région.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Bruno Jarny CRPF | 1er trimestre 2005 | 49 | essences |