Le cormier et l’alisier sont deux feuillus précieux dont les billes de qualité tranchage peuvent atteindre respectivement 1 500 F et 6 000 F le m3. Présents, à l’état disséminé, dans toutes les forêts de Poitou-Charentes, ces deux fruitiers sont peu valorisés. Ils se retrouvent trop souvent dans les piles de bois de feu ou de trituration lors des coupes de taillis.
Tous deux de la famille des sorbiers, ils sont très faciles à identifier.
La feuille du cormier (Sorbus domestica) est composée de 13 à 23 folioles à denture prononcée. Le fruit charnu ressemble à une petite poire de 3 cm qui rougit à maturité : la corme. Cet arbre affectionne les terrains profonds, sains et calcaires. Exigeant en chaleur et en lumière, on le rencontre en Poitou-Charentes surtout dans les vignes, haies et lisières de forêts.
L’alisier ( Sorbus torminalis ) présente une feuille simple, découpée en 6 à 10 lobes triangulaires aux bords légèrement dentés. Elles prennent une couleur rouge vif ou jaune d’or à l’automne. Les alises sont les fruits charnus de cette espèce. Elles sont brunes, de la taille d’une petite cerise et disposées en grappes. L’alisier torminal pousse sur des sols légers, qu’ils soient acides ou calcaires. Mais les plus beaux sujets ne se rencontrent que sur les stations les plus riches comme par exemple les bas de versants.
Ces deux essences se propagent par rejets, drageons et semis naturels avec l’aide des oiseaux. Dans la phase juvénile, leur croissance en hauteur est faible. Au cours de cette période, même les beaux sujets sont rapidement dominés par les arbres voisins. Sans mise en lumière, cormiers et alisiers végètent, évoluant vers des formes arbustives. Seules des interventions régulières et précoces dégageant leur cime permettent de façonner des arbres de 15 à 20 m de haut. Cette technique favorisera l’obtention de billes de 45 cm de diamètre, avec des cernes d’accroissement réguliers pour une récolte à 60 ans.
En 1998, une expérience de mobilisation et de sciage de ces deux essences menée en Poitou-Charentes a mis en évidence certains problèmes. Seules 35 grumes représentant une vingtaine de mètres cubes ont pu être débitées. La rareté des cormiers et des alisiers a entraîné des frais de recherche et d’exploitation élevés. La constitution d’un lot homogène suffisant a été très difficile et la qualité des bois s’est révélée moyenne à médiocre. Cet état était lié à l’âge avancé des arbres (plus de 80 ans) qui présentaient un bois de cœur trop coloré. De plus les branches qui n’avaient pas été supprimées à temps ont eu une incidence catastrophique sur la qualité du bois (colorations, pourritures, ...) excluant les billes de tout usage noble. En outre certaines grumes d’alisier étaient atteintes par le "cheveu". Ce défaut, spécifique du bois d’alisier, apparaît sur les sections sous la forme d’arcs concentriques colorés en brun rouge. On les retrouve sous l’aspect de filaments dans les planches.
Cet essai a confirmé que ces fruitiers, présents dans la région Poitou-Charentes, n’atteindront jamais les prix pratiqués dans l’Est de la France, en partie liés à l’absence totale de soin. Cependant, leur présence dans de nombreux massifs forestiers et leur valeur potentielle font qu’ils méritent un meilleur suivi de la part du sylviculteur.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Patrick CASTANO CRPF | 1er trimestre 2001 | 33 | Technique |