- Bûche et plaquette forestière sont deux débouchés bois énergie complémentaires -

Jacques AUBRUN est gérant d'un groupement forestier familial. Sylviculteur très actif, il a été président fondateur du Groupement de Développement Forestier des Deux Sèvres de 1983 à 1994. Bois et Forêts : Le bois énergie constitue-t-il une part importante des ressources du groupement forestier de l’Abbaye ?

Jacques Aubrun : Sur cette forêt d’environ 150 ha, je commercialise annuellement entre 250 et 300 stères de bois bûche, dont l’essentiel est exploité, débardé et façonné par un employé du groupement. Les produits ont au minimum deux ans de séchage et se présentent sous forme de bûches de 50 cm de long ou de balles rondes d’un stère. Ils sont proposés bord de route entre 37 et 42 € le stère en fonction de leur conditionnement. J’essaie de vendre directement au client final car les filières courtes sont celles qui rémunèrent le mieux le producteur.

Bien que le revenu que j’en tire ne soit pas énorme, l’activité bois bûche est centrale dans le fonctionnement de la forêt. En effet, sans éclaircies fournissant du bois de chauffage, on n’obtient pas de bois d’œuvre, qui est le produit le plus rémunérateur. Par ailleurs, cette activité régulière me permet de maintenir un salarié à temps partiel sur la propriété. Celui-ci assure une surveillance et effectue de nombreuses autres interventions indispensables, telles que le nettoyage ponctuel des chablis, l’entretien des chemins, la taille et le dégagement des plantations...

Bien que le revenu que j’en tire ne soit pas énorme, l’activité bois bûche est centrale dans le fonctionnement de la forêt. En effet, sans éclaircies fournissant du bois de chauffage, on n’obtient pas de bois d’œuvre, qui est le produit le plus rémunérateur. Par ailleurs, cette activité régulière me permet de maintenir un salarié à temps partiel sur la propriété. Celui-ci assure une surveillance et effectue de nombreuses autres interventions indispensables, telles que le nettoyage ponctuel des chablis, l’entretien des chemins, la taille et le dégagement des plantations...

B. & F. : Pensez-vous qu’à terme les propriétaires forestiers pourront également produire de la plaquette forestière ?

J. A. : Actuellement, l’essentiel du bois déchiqueté brûlé dans les chaudières provient de l’industrie (sous-produits de scieries, vieilles palettes, …). Son coût est logiquement inférieur à celui de la plaquette forestière car il n’y a pas de frais d’exploitation et de débardage. Pour rester compétitifs, les quelques professionnels qui produisent de la plaquette issue de forêts ne payent pas ou très peu le bois aux propriétaires. Pour prendre mon exemple, une entreprise me rémunère 1 € le stère les bouts de perches de moins de 7 cm de diamètre. Seul avantage, la parcelle est plus propre, mais avec moins d’humus et plus de tassement du sol.

Mais cette situation n’est pas forcément figée. Si le prix du fioul remonte, si les chaudières bois se multiplient, si les sous-produits de l’industrie du bois ne suffisent plus à les alimenter et si la filière s’organise, il sera alors économiquement possible de mieux rémunérer les propriétaires forestiers. La plaquette forestière pourrait alors devenir concurrentielle et se développer. Mais cela fait beaucoup de si...

B. & F. : En cas de développement de la plaquette forestière, y aura-t-il alors concurrence avec le bois-bûche ou le bois de trituration (papeterie, panneaux de particules, …) ?

Les plaquettes sont produites avec des broyeurs déchiquetant du bois pouvant provenir de plusieurs sources
J. A. : Concernant la concurrence entre bois bûche et plaquette forestière, je n’y crois pas. L’écart de prix entre les produits est actuellement trop important et les marchés sont différents. Le chauffage au bois déchiqueté est adapté aux chaufferies d’une certaine taille (petits collectifs ou vastes habitations) tandis que le bois bûche est destiné au marché des particuliers. Les milliers de poêles, inserts et autres cheminées ne vont pas, bien au contraire, disparaître du jour au lendemain.

Le bois de trituration, quant à lui, est très peu payé au propriétaire. Si le prix du fioul augmente, on pourrait assister à certains transferts vers la filière des plaquettes forestières.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
BOIS ET FORÊT
CRPF
1er trimestre 2010 69 Interview