La nécessité de disposer d’un gisement de combustible à proximité d’un nombre grandissant de chaufferies au bois automatisées explique l’intérêt actuel suscité par les taillis à très courte rotation (ou TTCR). La rentabilité économique pour le producteur de tels boisements est loin d’être démontrée. Ceux-ci ont cependant un réel intérêt quand ils ont une double fin : épuration de certains polluants en même temps que production de combustible.
Les principales essences employées dans ces boisements sont des hybrides de saules, des robiniers, peupliers et eucalyptus, les deux premiers groupes étant ceux qui semblent présenter le plus d’intérêt en France. Les TTCR sont expérimentés depuis 1983 par l’INRA sur quelques dizaines d’hectares ; ils ont été beaucoup plus étudiés dans les pays du Nord de l’Europe. En Suède, 16 000 ha de taillis de saules sont exploités aujourd’hui de façon entièrement mécanisée : depuis la plantation jusqu’à la récolte et au broyage par des machines mises au point spécialement pour cette culture. Les boutures installées par une machine à planter à la densité de 15 000 à 20 000 / ha, font l’objet de désherbages réguliers. La récolte des brins de 4 à 6 mètres de hauteur est réalisée tous les deux à trois ans. L’ensouchement est prévu pour durer une vingtaine d’années et les rendements varient de 6 à 12 tonnes de matière sèche par hectare et par an selon les sols et les différents clones utilisés. En France, sur des terrains moins humides que ceux exigés par les saules, des robiniers ont été installés pour le même usage. L’objectif dans ce cas est le « taillis à courte rotation » (TCR) récolté tous les 6 à 8 ans. Pour un producteur qui peut être légitimement méfiant vis-à-vis de l’intérêt du débouché chauffage, le boisement en robinier présente l’intérêt de pouvoir changer de destination (piquet ou bois d’œuvre).
Depuis 25 ans, la finalité énergétique de ces boisements n’a pas à elle seule permis de leur assurer un développement significatif, à cause de leur manque de rentabilité. En effet, le coût élevé de leur mise en place (3000€/ha) et de toute la chaîne de production des plaquettes aboutissent à un prix de revient de la tonne de combustible supérieur à celui de la plaquette issue de produits d’exploitation forestière classique. Or le combustible forestier est déjà lui-même difficile à vendre car il est plus cher (minimum 70 à 80€/ tonne départ) que celui qui provient du broyage de produits connexes de scieries ou de seconde transformation.
L’expérimentation a montré que les TTCR de saule n’ont généralement aujourd’hui d’intérêt économique que si leur débouché énergie complète leur rôle d’ « épurateur de polluants ».
C’est d’ailleurs dans ce cadre que la plupart d’entre eux ont été installés en Suède. La fonction de ces boisements, appelée « phytoremédiation » est de fixer de nombreux polluants comme les phosphates ou nitrates provenant de l’eau rejetée par les stations d’épuration, ou en provenance de décharges ou centres d’enfouissement.
Ces plantations doivent être installées à proximité des rejets d’eaux polluées, qui servent d’eau d’irrigation contenant des « engrais » qui ne peuvent pas être utilisés pour des productions alimentaires ou fourragères. Elles peuvent également être implantées dans les périmètres de captage d’eau toujours pour leur rôle de filtre végétal. C’est dans ce but que 100 ha de TTCR de saule ont été installés en Bretagne entre 2004 et 2007 avec l’aide de l’ADEME, de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et des collectivités territoriales (programme Wilwater).
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc DEMENE CRPF | 1er trimestre 2009 | 65 | Technique |