Le chêne rouvre et le chêne pédonculé produisent dans l’ensemble des bois destinés aux mêmes utilisations. Mais il est indispensable de leur appliquer une sylviculture tenant compte de leur tempérament très différent : en boisement artificiel pur ou mélangé, le chêne rouvre supporte plutôt bien la concurrence, ce qui permet de ne commencer le travail de sélection des arbres d’avenir que vers 10-12 m de hauteur dominante. Au contraire, le pédonculé, beaucoup plus exigeant en espace vital, devra être éclairci vigoureusement dès 8-10 m de hauteur, au risque de le voir péricliter prématurément.
Il s’agit alors de promouvoir l’idée d’une sylviculture d’arbres, en s’appuyant sur les 60 à 80 plus beaux sujets/ha. La première intervention consistera à les repérer puis à les détourer : seuls les brins dont le houppier concurrence directement celui des arbres d’avenir seront coupés. Un élagage peut dans le même temps s’avérer nécessaire pour éliminer les derniers défauts sur leur tronc.
Les éclaircies suivantes auront lieu lorsque les arbres d’avenir se trouveront de nouveau concurrencés par les tiges voisines, c’est à dire tous les 6 à 10 ans. Compte tenu de son caractère, le chêne pédonculé nécessitera un rythme d’éclaircies plus soutenu et d’intensité plus forte.
Ce travail sera bien entendu facilité par l’ouverture de cloisonnements tous les 15-20 m d’axe en axe, dès la première intervention. Ils seront d’autant plus importants que très vite, un certain volume de bois de feu pourra être exploité, avec un marché parfois très ouvert dans notre région. Le maintien d’un sous-étage est fortement recommandé, car il protège les troncs du soleil, et limite l’apparition de gourmands au moment des éclaircies. Mais il doit être maîtrisé afin de ne jamais pénétrer dans le houppier des arbres d’avenir, risquant ainsi de faire mourir les branches basses.
Si la conduite des peuplements de chênes est un des fleurons de la sylviculture française, de nombreux propriétaires privés hésitent à s’y engager, en particulier parce que c’est un travail de longue haleine, qui exige d’être suivi par au moins 5 à 7 générations.
Cependant, grâce à une sylviculture adaptée, il est possible de raccourcir cette durée de production, sans pour autant altérer la qualité du bois obtenu. En effet, c’est surtout la régularité des cernes qui fait le chêne de qualité. Or il semble bien que des largeurs de cernes jusqu’à 3-4 mm/an sur le rayon, permettent encore de fournir du bois de qualité.
Il est donc tout à fait possible d’obtenir des chênes de qualité de 60 à 70 cm de diamètre dans un délai raisonnable de 100 à 125 ans. Mais comme dans toute sylviculture dynamique, cela nécessite de mener les opérations à temps pour ne pas freiner la croissance des arbres d’avenir, et éviter les à-coups de production entraînés par des interventions tardives et brutales.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Yves Lacouture CETEF | 1er trimestre 2001 | 33 | Technique |