- Développer les usages du bois sans augmenter les importations -

La France est le troisième pays de l’Union Européenne derrière la Suède et la Finlande pour la surface de ses massifs forestiers. C’est aussi le pays qui a en Europe le premier capital de bois feuillus sur pied. Malgré ces atouts, nous sommes parmi les derniers en ce qui concerne la consommation de bois par habitant : un Français utilise cinq fois moins de bois qu’un Danois et trois fois moins qu’un Américain du Nord.

Cependant la consommation nationale de bois devrait augmenter de façon importante dans les années à venir, en particulier à cause de son emploi grandissant dans la construction. Le nombre de permis de construire de maisons à ossatures bois a presque doublé en dix ans pour atteindre 6 % aujourd’hui. L’objectif de l’interprofession du bois est d’atteindre progressivement 12 à 13 % du marché de la construction. Les normes parasismiques en vigueur en 2012 vont renchérir le prix de la construction en dur et donc rendre les prix de la maison bois plus compétitifs. Les nouvelles règlementations thermiques renforçant les normes d’isolation devraient également favoriser l’emploi du bois dans la construction.

Si cette augmentation est inéluctable, elle ne se traduit pas forcément aujourd’hui par une bonne santé de la filière bois. Il faut garder à l’esprit que celle-ci occupe la seconde place dans notre déficit commercial national à hauteur de 6 milliards d’euros par an. Malgré une récolte nationale en hausse (un million de m3 par an en plus pour les grumes résineuses entre 2000 et 2009), on constate une augmentation importante des importations de sciages sur cette même période. Ceci traduit un manque de compétitivité d’une partie de nos industries de transformation. On notera que parmi les vingt plus grandes scieries européennes, aucune n’est française. Pour la maison ossature bois, et plus largement pour les charpentes en fermettes, architectes et constructeurs ont l’habitude d’utiliser des « bois du nord » : souvent de l’épicéa en provenance d’Allemagne ou de Scandinavie. Outre leur classement automatisé très rigoureux et leur bonne résistance mécanique, c’est surtout leur prix unitaire qui rend ces sciages compétitifs. Dans les très grosses scieries de ces pays, le prix du sciage peut tomber à 20 € le m3, alors qu’il dépasse très souvent le double dans les petites et moyennes unités. Ce point est très important pour ce type de produits qui se vendent autour de 200 € le m3. Après ce constat et suite au Grenelle de l’environnement, le grand emprunt inclut un programme de prêts aux scieries de 2 milliards d’euros pour leur modernisation.

En 30 ans, 60% des scieries françaises ont disparu, on en compte moins de 2000 aujourd’hui. Mais le volume scié annuellement est resté stable, à hauteur de 9,9 millions de m3.
En 30 ans, 60% des scieries françaises ont disparu, on en compte moins de 2000 aujourd’hui. Mais le volume scié annuellement est resté stable, à hauteur de 9,9 millions de m3.

Mais la maison ossature bois n’utilise pas seulement des sciages pour sa structure. Si celle-ci nécessite 8 à 10 m3 de bois pour une maison moyenne, il faut y ajouter 2 m3 de sciages pour tous les autres éléments en bois : menuiseries, parquets, bardages, lambris, terrasses, … C’est avant tout dans ces créneaux que les bois régionaux peuvent trouver un débouché. Les entreprises locales ont commencé à investir dans ce secteur depuis près de vingt ans. Des huisseries en chêne ou en pin lamellé collé sont fabriquées régionalement dans des unités modernes en substitution des bois exotiques qui tendent à se renchérir et à se raréfier. Une unité de fabrication de bois thermo-huilé a vu le jour en Deux-Sèvres : des bardages en châtaignier ou en douglas y sont produits avec une durabilité améliorée. En ce qui concerne le peuplier, le Traitement Haute Température (THT) devrait permettre une utilisation importante des surbilles en bardages esthétiques et durables. Les bois THT trouveront également des débouchés dans les aménagements extérieurs comme les terrasses ou dallages nécessitant des longueurs courtes et tolérant certains nœuds. Le châtaignier, dont les utilisations en parquet et lambris ont beaucoup souffert de la crise récente, a des qualités esthétiques et de durabilité qui doivent lui permettre de retrouver un avenir meilleur. Enfin, les chênes de qualité secondaire ont une place à consolider dans le marché de la rénovation qui consomme nombre d’éléments de charpente apparents.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF avec l’aide de Futurobois
1er trimestre 2012 77 Economique
Dans la même rubrique
  1. Le séchage est indispensable à la mise en œuvre du bois
  2. Le prix des forêts a progressé entre 2000 et 2006
  3. La filière bois bûche se professionnalise
  4. Regain d’intérêt pour une énergie renouvelable bon marché : le bois
  5. Les coopératives se regroupent pour s’adapter au marché
  6. Bien choisir sa méthode de vente de bois
  7. Le tiers des bois commercialisés en France est destiné à la trituration
  8. La vente bord de route permet de valoriser les bois grâce au tri
  9. De nombreux paramètres influent sur le prix d’achat d’une coupe de bois d’œuvre
  10. Les beaux jours du piquet de châtaignier et de robinier
  11. La filière bois constitue un atout majeur pour la région Poitou-Charentes
  12. Des plans de massifs pour dynamiser la gestion forestière des petites propriétés
  13. Un contrat de vente écrit pour éviter les contentieux
  14. Inflation sur les travaux
  15. La valeur d’une forêt ne dépend pas que du sol et du peuplement
  16. L’ECIF : un nouvel outil de restructuration foncière basé sur le volontariat
  17. Le boisement contribue à protéger la ressource en eau
  18. Toute vente de bois doit être suivie de près
  19. Le chauffage aux granulés de bois fait son entrée en France
  20. L’ECOCERTIFICATION, le prix à payer pour vendre ses bois.
  21. Du concentré de chêne pour bonifier les eaux de vie
  22. Un gisement de bois régional important : les produits connexes des industries
  23. Un taux réduit de T.V.A. accessible à tous
  24. Le peuplier, emballage propre
  25. L’abattage du châtaignier se mécanise
  26. Une embellie sur le marché du chêne
  27. Tonnellerie : des fûts en manque de chênes régionaux
  28. Baisse de la TVA à 5,5 % pour les travaux forestiers
  29. Commercialisation et reconstitution : l’union fait la force
  30. Seules les forêts assurées seront indemnisées
  31. L’élagage du pin maritime est payant
  32. Mécanisation : une machine abat le travail de six bûcherons
  33. Modes de vente : mode d’emploi
  34. Des premiers résultats encourageants pour les Plans de Développement de Massif
  35. L’éclaircie de taillis : un investissement qui rapporte
  36. La Région finance le boisement des périmètres de captage d’eau potable
  37. En populiculture, la valeur n’attend plus le nombre des années
  38. Les 24 millions d’arbres replantés seront à couper d’ici quarante ans
  39. Le bois nouveau pétrole vert ?
  40. Deux nouvelles usines de déroulage de peuplier pour le grand Sud-Ouest
  41. Un film au service de l’éclaircie de taillis
  42. La surface des forêts françaises commence à diminuer
  43. Des reboisements de qualité mais plus économiques
  44. L’industrie du châtaignier s’adapte aux nouveaux marchés
  45. La comparaison économique entre régénération naturelle et artificielle s’avère délicate
  46. La filière peuplier menacée en Poitou-Charentes
  47. Développer les usages du bois sans augmenter les importations
  48. Marais poitevin : le peuplier sur la sellette
  49. Le chauffage aux bûches doit se moderniser pour mériter le titre d’énergie propre
  50. Tempête et incendie : un nouveau contrat d’assurance pour les sylviculteurs
  51. La chasse peut améliorer les revenus forestiers
  52. Une étude confirme l’efficacité des plans simples de gestion
  53. La ressource forestière régionale ne couvre pas les besoins de l’industrie
  54. Feuillus précieux : des marchés réduits, une demande fluctuante
  55. La filière peuplier aide financièrement la replantation
  56. Vente de bois : une cotisation obligatoire pour l’interprofession forestière
  57. L’essor du bois énergie sera-t-il compatible avec la ressource ?
  58. Les plants de peuplier soumis à redevance
  59. La Cotisation Volontaire Obligatoire : quelques précisions importantes
  60. Après les résineux, l’exploitation mécanisée se développe dans les taillis
  61. La tonnellerie charentaise en tête de la production mondiale
  62. Cuber et estimer une coupe est un vrai métier
  63. Des aides financières localisées pour améliorer les peuplements feuillus
  64. Nouveaux financements privés expérimentaux pour relancer la populiculture
  65. Pas de populiculture rentable sans élagage
  66. Le prix du Chêne en forte hausse
  67. L’intervention d’un gestionnaire forestier est un investissement nécessaire
  68. 2000 chênes pour faire renaître un bateau