Depuis maintenant un siècle, cette entreprise familiale fabrique un produit nommé « Boisé liquide de cœur de chêne du Limousin concentré » vendu dans toute la France et dans le monde entier pour bonifier les eaux de vie. L’ajout d’un peu de ce liquide concentré dans les alcools permet de limiter dans le temps leur vieillissement en fût de chêne. Tout à fait autorisé pour cet usage, il est cependant interdit en France pour le vieillissement des vins.
Le principe de la fabrication de ce concentré est relativement simple. De l’eau déminéralisée, fabriquée dans l’usine, percole à une température proche de 100 degrés pendant plusieurs heures dans des copeaux de chêne et s’enrichit progressivement des tanins et autres composés aromatiques du bois. Le dispositif est assez proche de celui d’une cafetière géante, appelée ici extractrice. Ensuite, le « café » ainsi obtenu est envoyé dans une « concentratrice » dans laquelle on maintient une température de 80 à 90 degrés pour provoquer l’évaporation d’une partie de l’eau pendant plusieurs jours. Le concentré obtenu est ensuite mis dans un décanteur puis embouteillé pour la vente. Les paramètres influant sur les qualités du boisé sont d’une part les valeurs précises des températures des différents appareils, et d’autre part les durées de séjour du produit dans chacun d’eux. En effet, chaque client a des exigences différentes bien précises : une rhumerie des Antilles n’a pas le même besoin qu’un fabricant de Calvados en Normandie.
La qualité des copeaux de chêne est essentielle pour celle du produit fini. Ceux-ci sont obtenus par broyage de chutes, achetées chez les fabricants de merrains destinés à la fabrication des tonneaux. Il s’agit donc de morceaux de billes de pied, sans écorce, sans aubier, sans pourriture. Le tri est effectué par les merrandiers eux-mêmes qui vendent cette matière première en fagots cerclés. Ces fagots sont ensuite stockés sur rails pour séchage à l’air libre sur le parc de l’entreprise : la pluie lave ainsi les mauvais tanins et diminue l’astringence du boisé. La société Kartun s’interdit d’utiliser des bois en provenance d’Europe de l’Est, car trop porteurs d’incertitudes sur les dates des coupes du bois, qui doit être abattu hors sève, sur le goût du produit et même sur la radioactivité pour les bois en provenance d’Ukraine. Après extraction des tanins, les copeaux sont en grande majorité revendus aux papeteries de Saillat. La société souhaiterait également développer l’utilisation en paillage biodégradable pour les plantations, débouché qui a déjà largement fait ses preuves dans les massifs ornementaux de la commune de Châteauneuf sur Charente.
Ce produit, distribué sans publicité aux professionnels par un petit nombre d’entreprises, est très peu connu du grand public. Mais il fait aussi partie des multiples utilisations du chêne, première essence forestière en Poitou-Charentes.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc DEMENE CRPF | 1er trimestre 2008 | 61 | Economique |