Une fois les sites d’expérimentations sélectionnés, chaque parcelle susceptible d’être boisée, a été décrite selon un même protocole.
Avant de boiser, il faut en effet bien identifier les objectifs retenus (protection de l’eau, production, amélioration du paysage, accueil du public,…) et les contraintes, qu’elles soient réglementaires, hydrogéologiques, physiques, écologiques,…
De manière à aider tous ceux qui ont la volonté de mettre en place des boisements, un guide technique a été réalisé pendant le stage (cf. ANNEXE I). Ce guide décrit toutes les étapes nécessaires à la réalisation de la plantation, de l’étude préalable de chaque parcelle à l’évaluation des coûts en passant par les différents modes de gestion et d’entretien du boisement. En plus de fournir des informations techniques sur le boisement en PPC, ce guide participe une nouvelle fois à l’effort de promotion et de communication autour du projet mené par le CRPF. Dans cette logique, ce guide sera prochainement mis en ligne sur le site internet du CRPF en lien avec les sites des différents partenaires.
Une brève description de la parcelle est réalisée. Celle-ci comprend la surface, la localisation et la description du couvert végétal et du type d’occupation du sol. Un numéro d’identification est affecté à chaque parcelle.
Sur chaque parcelle, une analyse préalable du contexte environnemental (étude pédologique, hydrologique, climatique, caractéristiques biologiques, données physico-chimiques,…) a été réalisée. Elle fournit des informations quant au choix des futures essences à installer et aux différentes contraintes à appréhender dont il faudra tenir compte.
Topographie : Description des formes et des détails visibles sur le terrain, qu’ils soient naturels, notamment le relief, ou artificiels (comme les bâtiments, les routes, les lignes électriques ou téléphoniques,…).
Hydrographie : Description des cours d’eau ou étendues d’eau pouvant être présents sur ou à proximité de la parcelle.
Géométrie de la parcelle : Les limites de la parcelle sont décrites de manière détaillée (nature, longueur, largeur, composition et densité des essences constituant le pourtour).
Pente : La pente est mesurée à l’aide d’une boussole.
Remarques : Remarques éventuelles (éléments particuliers,…).
Caractéristiques pédologiques : Pour déterminer les caractéristiques pédologiques du sol, des sondages ont été réalisés à la tarière à main et répartis de façon homogène. Le nombre peut varier en fonction des caractéristiques de la parcelle, en particulier la topographie.
Pour chacun, les critères suivants ont été notés :
La caractéristique du profil est ensuite donnée.
Sur chaque parcelle, le pH du sol est mesuré à partir d’un échantillon de substrat à l’aide d’un pHmètre à colorimétrie.
Une description des caractéristiques biologiques « habitat, faune, flore » est réalisée, plus ou moins détaillée, selon le mode d’occupation des sols au moment de l’étude (milieu cultivé, milieu naturel, boisement,…). Un inventaire de la végétation existante est effectué à différentes périodes de l’année. Cet inventaire sera essentiel pour la prise en compte des habitats présents sur la parcelle, qu’ils soient remarquables ou non. L’inventaire de la végétation donne une idée de l’évolution naturelle possible du milieu et complétera l’étude pédologique pour le choix des essences à installer.
Un diagnostic cynégétique réalisé avant la plantation, permet d’analyser la présence éventuelle de gibier (trace d’animaux, type de dégâts,…) à proximité du futur boisement, sa densité et sa pression sur la végétation en place.
La détermination du ou des animaux responsables des dégâts constatés est indispensable. Elle orientera les forestiers quant au type de protection à utiliser (protection individuelle, protection globale de la parcelle). A défaut d’observer les auteurs ou des indices de présence, l’examen du dégât fournit des éléments utiles pour leur identification, l’aspect des blessures observées sur le plant étant différent selon les espèces (trois types de dégâts peuvent être observés sur une plantation : Abroutissement, frottis, écorçage).
En effet, l’augmentation des populations de cervidés implique l’obligation impérative de protéger les plants forestiers. La mise en place de mesures de protection efficace contre le gibier engendre un surcoût important au moment de la plantation (doublement des coûts). _ Cette dépense doit être ressentie comme un investissement financier contribuant à la survie du boisement et non pas comme un luxe dont on pourrait se passer. La protection du boisement contre le gibier était d’ailleurs une des conditions obligatoires pour obtenir des aides au boisement de terres agricoles, lorsque celles-ci étaient financées par l’Etat.
Une description des caractéristiques climatiques « pluviométrie moyenne du secteur évapotranspiration, vent dominant, températures moyennes et extrêmes » est faite pour la zone d’étude concernée. Pour le sylviculteur, les principaux facteurs climatiques limitants sont :
L’aptitude stationnelle qui dépend du climat local (température, pluviométrie, risques de gelées, vents dominants) et des propriétés du sol (alimentation en eau, richesse minérale, profondeur, charge caillouteuse) va conditionner le choix des essences à installer. Celles-ci doivent impérativement être bien adaptées sur le plan écologique. Le choix d’essences adaptées présente de fait de nombreux avantages :
Suite au diagnostic stationnel (nature du sol, caractéristiques du climat, altitude, exposition), une première palette d’essences possible peut être arrêtée. Parmi les essences adaptées aux conditions stationnelles, le choix des essences objectifs dépend alors du type de gestion forestière (protection du milieu, production, valorisation paysagère…) choisi.
Le choix définitif des essences (haut jet et accompagnement) se fait ensuite en croisant les essences à forte potentialité alimentaire pour la faune (les essences riches en baies hivernales par exemple) et la liste des végétaux conseillés par le Conservatoire Régional des Espaces Naturels (CREN) Poitou-Charentes, la Chambre d’Agriculture de Charente maritime et l’association Prom’Haies pour les plantations de haies en Poitou-Charentes.
Il faut rappeler que dans le cas présent, les objectifs de production passeront toujours après les objectifs environnementaux.
Dans la palette d’essences proposées, sont sélectionnées les essences autochtones :
Pour chaque essence, il peut exister des variétés écologiques (écotypes) ayant des exigences différentes. Une attention particulière doit être apportée, en privilégiant à la fois des origines plus performantes et mieux adaptées à la station mais également des plants vigoureux et bien conformés.
La qualité génétique des plants est essentielle à la réussite de l’opération (vigueur, conformation) même si la production de bois de qualité ne constitue pas l’objectif premier de ces boisements.
En effet, des échecs à la reprise, voire une croissance initiale ralentie des jeunes plants impliquant des opérations de regarnis [1] ou de dégagements [2] supplémentaires sont susceptibles d’alourdir les coûts.
Les fournisseurs de plants seront choisis en fonction :
Pour chaque parcelle, un itinéraire technico-économique de la future plantation est réalisé. Cet itinéraire fournira tout d’abord au propriétaire ou au gestionnaire des informations techniques sur la plantation :
Le CRPF n’est pas habilité à réaliser concrètement les travaux de plantation. Il est donc essentiel de fournir au maître d’œuvre et au maître d’ouvrage le maximum d’informations sur la parcelle et sur le futur boisement. L’itinéraire technico-économique va servir de guide, il est l’amorce du plan de gestion. Il doit permettre d’atteindre l’objectif fixé au coût le plus faible et le plus vite possible.
Type de boisement
En fonction du contexte général de la parcelle et des objectifs du maître d’ouvrage, différents types de boisement peuvent être envisagés (en plein ou en bosquet ; sous forme linéaire : haie, ripisylve ; association d’arbres et de cultures sur une même parcelle : l’agroforesterie). De quelque forme qu’il soit, le futur boisement doit cependant remplir les objectifs de protection de l’eau, et d’amélioration de la biodiversité.
Lors de ce stage, nous nous sommes par exemple intéressés à l’agroforesterie : ce type de boisement associant des arbres et des cultures sur une même parcelle, présente de nombreux avantages. Il permet notamment aux agriculteurs de :
Dans un contexte où la majeure partie des terres présentes en périmètre de protection de captage d’eau potable est affectée à l’agriculture, il est essentiel de trouver des moyens permettant aux agriculteurs de planter des arbres tout en maintenant leurs revenus. Ainsi, tout en améliorant la biodiversité, la qualité des sols et de l’eau, ou encore le stockage de carbone, les systèmes agroforestiers répondent bien à un objectif conjoint de production.
L’agroforesterie semble donc être un outil intéressant de valorisation et de diversification. Elle représente une passerelle entre la sylviculture et l’agriculture et de ce fait constitue un outil efficace pour la protection des captages d’eau potable.
Un projet sur l’Agroforesterie coordonné par Agroof Développement a été mis en place sur 6 régions dont le Poitou-Charentes pour une période de 2 ans (2006-2008). Une des actions phares du programme est de mettre en place un réseau de parcelles de références. Ces parcelles seront le support de sessions de formation et de sensibilisation à l’agroforesterie. Elles permettront également de poursuivre des activités de recherche - développement, notamment sur le thème de la lutte biologique.
En Poitou-Charentes, la première année du projet, des visites ont été organisées entres les Chambres d’Agricultures Départementales et le CRPF afin de réaliser les diagnostics des parcelles expérimentales sélectionnées et d’affiner le choix des essences à planter. Dans le cadre du stage, des rencontres ont été organisées avec les porteurs du projet de la Chambre d’Agriculture de la Vienne, afin d’associer ce projet à celui mené par le CRPF sur les boisements en périmètre de captages d’eau potable : le but étant de promouvoir l’agroforesterie auprès des agriculteurs possédant des terres en PPC et de trouver de nouveaux sites d’expérimentation.
Densité de plantation
Les densités préconisées en essences d’accompagnement (arbustes) seront élevées (>1500 plants/ha), sauf dans le cas particulier de l’agroforesterie où la densité maximale d’arbres à l’hectare ne doit pas dépasser 49 plants/ha (afin de maintenir la totalité des aides PAC). Les densités d’arbres élevées assurent une fermeture rapide du couvert forestier et permettent d’atteindre l’objectif d’amélioration de la qualité de l’eau dans les plus brefs délais. Il faudra ensuite contenir la végétation d’accompagnement pour permettre le développement de toutes les strates de végétation.
Orientation des lignes de plantation (cas d’une plantation en plein)
L’orientation des lignes de plantation doit être choisie en fonction des différentes contraintes du terrain (chemins d’accès à la plantation, pente, vent, peuplement voisins, présence de fossés, de lignes électriques ou téléphoniques,…) (5).
Leur orientation doit permettre au gestionnaire d’accéder facilement à la plantation, pour les différents travaux de suivi et d’entretien du boisement.
Avant la plantation, il est également nécessaire de prévoir l’emplacement des éventuels chemins de desserte et/ou de promenade. Ceux-ci doivent être réalisés en tenant compte des dénivelés et du sens de la pente. Ils ne doivent par exemple pas permettre aux eaux de ruissellement de pouvoir accéder au captage directement, sans passer par la couverture forestière où les eaux seront "filtrées" (4).
Nettoyage du terrain (si nécessaire)
La première opération consistera à supprimer (si nécessaire) sur la parcelle la végétation préexistante, notamment les graminées qui exercent dans certaines stations une forte concurrence pour l’eau. L’utilisation de tout type de produit chimique est évidement proscrite dans le cas des boisements de protection des captages d’eau potable.
Le désherbage devra se faire mécaniquement par fauchage ou broyage à la fin de l’été début de l’automne (en dehors des périodes de nidification). Les résidus de fauche devront être exportés, car leur minéralisation sur la parcelle entraînerait une augmentation du taux d’azote dans le sol.
Travail du sol et plantation
Le travail du sol permet d’ameublir le sol et d’augmenter le volume de terre utilisable par les racines (1). En fonction des caractéristiques de la parcelle et de la structure du futur boisement (densité notamment), les opérations de préparation du sol et de plantation pourront varier. Dans le cas d’une forte densité de plants à l’hectare (densité > 1500 plants/Ha) nous préconisons un travail du sol en bande à l’aide d’engins se déplaçant en continu (labour peu profond). Le labour sera réalisé en bandes et non en plein pour éviter une trop forte minéralisation de la matière organique, celle-ci étant préjudiciable à la qualité de l’eau (augmentation du taux de nitrate) (1).
Dans le cas d’une faible densité de plants à l’hectare (< 1500 plants/Ha) nous préconisons un travail du sol localisé à l’emplacement de chaque arbre. Contrairement aux autres méthodes de préparation, les techniques localisées ne traitent pas le sol en plein ou en bande à l’aide d’engins, mais préparent le sol sous forme de potets [3] de plus ou moins grande dimension (5).
Ces travaux facilitent l’installation des plants et augmentent leurs chances de reprise. Sur les anciennes terres agricoles, le travail du sol présente de nombreux avantages quant à la survie et à la croissance des arbres. Il améliore notamment la pénétration racinaire et l’aération du sol.
Sur les parcelles anciennement cultivées, un décompactage du sol (Sous-solage) peut également être nécessaire. Le sous-solage est une méthode culturale sans retournement de terre, destinée principalement à décompacter, éclater et fissurer toute la masse du sol. Il permet de briser les couches profondes et imperméables (dislocation de la semelle de labour) résultant de l’exploitation de la parcelle (1). Il améliore les conditions de développement racinaire des jeunes plants en leur assurant une meilleure alimentation hydrique et minérale (augmentation de la réserve en eau du sol) ce qui favorise aussi l’ancrage du futur peuplement (5).
Cette opération n’est généralement pas nécessaire pour les prairies ou les friches installées depuis plus de 10 ans (7).
En ce qui concerne la plantation, celle-ci devra être préférentiellement réalisée à l’automne. En effet, à cette période, les risques de dessiccation des plants par les vents secs et froids sont généralement plus faibles qu’en hiver ou au début du printemps. De plus, compte tenu de la baisse des précipitations observée ces dernières années, la plantation de printemps comporte un risque en matière d’approvisionnement en eau. Pour le choix des plants, il conviendra de privilégier des plants de 2 ans dont l’état physique initial sera obligatoirement vérifié (contrôle du système racinaire, de la partie aérienne et de l’équilibre racines/tiges). Normalement, les plants ont subi une sélection à la pépinière et seuls les mieux conformés sont livrés. Toutefois, il est toujours utile de les vérifier à nouveau pour s’assurer de planter des sujets sains et vigoureux (conformation et état sanitaire). Plus le plant est petit mais de bonne qualité extérieure, plus les chances de reprise et de valorisation sont grandes. Seront également préférés, les plants à racines nues, plus résistants que ceux en godets. Les sols agricoles mis en cultures depuis longtemps peuvent être peu pourvus en micro-organismes et en mycorhizes. Un pralinage [4] des plants à la plantation à base de terre de forêt peut aider la reprise.
Dans tous les cas, les plants seront protégés par un paillage issu de produits organiques 100% naturels. Le paillage freine le développement des adventices qui entrent en concurrence avec les jeunes plants, augmente ou régule la température et le taux d’humidité du sol, améliore sa structure en évitant les phénomènes de battance [5] des sols limoneux (1).
Pour toutes ces raisons, le paillage dès la plantation améliore la reprise des plants, accélère leur croissance et réduit considérablement les entretiens.
Il existe de nombreux types de paillages biodégradables (paille, déchets verts, toile de jute, dalle de feutre, de fibre de coco,...). Le choix se fera en fonction des caractéristiques de chaque parcelle, du coût et du temps d’installation.
En zone inondable, nous avons par exemple préféré les dalles de feutre à la paille car elles ne seront pas dispersées par l’eau des crues.
Une fois le boisement installé, tout n’est pas terminé, bien au contraire. Il est maintenant indispensable de l’entretenir et de le surveiller. Sans suivi les premières années, les chances de bonne reprise des plants et de survie sont limitées.
Différentes étapes vont donc rythmer la vie du boisement.
Dégager les jeunes arbres
Cette opération consistant à détruire les adventices herbacées présentes à proximité immédiate des plants vise à réduire au maximum le développement herbacé sur 1 m2 autour de chaque plant. Ceci limite la concurrence vis-à-vis de l’eau et favorise le développement rapide du système racinaire des arbres plantés. Il peut être également nécessaire de lutter contre les plantes grimpantes, comme la clématite (arrachage ou fauchage).
La présence d’un paillage sur les lignes de plantation va limiter fortement ce travail d’entretien.
Période : Au moins une fois par an en dehors des périodes de nidification, soit en fin d’été/début d’automne soit en fin d’hiver/début de printemps, pendant les 2/3 premières années.
Entretenir les interlignes
Les premières années, le contrôle de la végétation herbacée est indispensable (une fois par an en dehors des périodes de nidification soit en fin d’été/début d’automne soit en fin d’hiver/début de printemps). Les dégagements des interlignes par fauchage ou broyage visent à contrôler la croissance aérienne du recru et à faciliter l’accès aux plants pour les interventions ultérieures (taille de formation, surveillance de l’état sanitaire des arbres,…). Le broyage ou le fauchage qui évitent le recouvrement des plants durant l’hiver, présentent toutefois l’inconvénient de limiter les prélèvements d’azote par la végétation herbacée et exposent les plants à des conditions défavorables d’ensoleillement et de vent. Ils seront utilisés pour entretenir une interligne sur deux, quand l’accès à la plantation devra être facilité et seront surtout réservés aux cloisonnements d’exploitation. Le fauchage avec exportation sera préféré au broyage, car il permet d’évacuer du site les résidus, ce qui évite leur minéralisation dans le sol, elle-même provoquant une augmentation du taux de nitrates dans l’eau (5).
Contenir la végétation d’accompagnement
La plantation d’arbustes en accompagnement des arbres plantés présente de nombreux avantages (amélioration de la biodiversité, gainage des arbres de haut jet, limitation de la concurrence exercée par la végétation herbacée, diminution de la fréquence des travaux d’entretien), mais la vigueur de certaines essences comme le saule par exemple, peut en revanche concurrencer le développement des arbres de haut-jet. La végétation d’accompagnement pourra alors être réduite par des rabattages réguliers en période de repos végétatif (novembre - février).
Former les arbres et les élaguer (si nécessaire)
Taille de formation et élagage
Bien que l’objectif de production de bois ne soit pas prioritaire, des tailles de formation et des élagages peuvent être programmés sur les arbres de haut jet, si le gestionnaire en décide. Les tailles de formation visent à supprimer les fourches et les branches trop vigoureuses redressées concurrençant la cime. L’élagage consiste lui à couper régulièrement les branches basses (vivantes ou mortes) des essences objectifs. Ces opérations ne sont donc pas indispensables dans l’objectif de boisement de protection de captage d’eau potable, mais assurent une meilleure forme des arbres, limitent parfois les conséquences néfastes des agents extérieurs (vent, gel, sécheresse, gibier) et aident à produire, à terme, du bois d’œuvre de qualité.
Les éventuelles tailles de formation et élagages ne doivent cependant pas être pratiqués systématiquement : ils seront concentrés sur les arbres d’avenir selon des techniques et une périodicité adaptée aux essences, aux densités des plantations, à la fertilité de la station, à la grosseur des branches et à l’environnement de l’arbre (présence ou absence de végétation d’accompagnement). Ces opérations sont à pratiquer hors période de nidification.
Surveiller le boisement
Pendant toute sa phase de croissance, le boisement va être soumis à des risques parfois importants. C’est pourquoi toute nouvelle plantation doit être surveillée très régulièrement :
Ces opérations sont à mener uniquement dans le cas où un objectif de production est affiché.
Chaque récolte ou éclaircie entraîne l’ouverture de trouées mettant en lumière semis et drageons (issus des arbres prélevés) qui pourront alors se développer. Cela orientera progressivement le peuplement vers une structure étagée du type mélange futaie taillis ou futaie jardinée. La diversité des espèces et l’étagement de la structure apportent également leur contribution positive à la filtration des eaux (5).
La première date d’intervention et la périodicité des éclaircies et des récoltes sont dépendantes des essences choisies et des objectifs visés. Dans tous les cas, les surfaces éclaircies ou récoltées ne doivent pas être trop importantes, l’objectif étant d’avoir un sol toujours couvert avec quelques grosses tiges dominantes et une majorité de tiges dominées. Nous conseillons de récolter les tiges de futaie par parquets (15 à 25 % du nombre de tiges à chaque récolte) sur plusieurs dizaines d’années. Les coupes à blanc sont donc évidemment à proscrire. Ces interventions ne doivent pas abîmer le sol et respecter l’environnement en général, en étant effectuées aux moments les mieux adaptés pour les sols, les plants et les écosystèmes. L’utilisation de techniques spécifiques de sortie de bois, comme par exemple l’utilisation du câble-treuil pour le débardage permet de limiter l’impact sur les sols et la pénétration des engins à l’intérieur des peuplements (10). L’utilisation de machines équipées de roues larges permet également de limiter le tassement du sol en répartissant le poids de l’engin sur une surface plus élevée. Dans le cas des sols hydromorphes, le débardage peut s’effectuer à cheval en raison du moindre impact (4) (cf. ANNEXE XI). La gestion en « forêt propre » n’est pas conseillée pour les boisements en périmètres de protection de captage. Le sous-étage doit pouvoir évoluer librement afin qu’un sol forestier (humus) puisse se former le plus vite possible. Il participera à la filtration des eaux de ruissellement.
Si aucune production économique n’est envisagée (sols pauvres ou volonté environnementale), le boisement peut être laissé en évolution libre. L’évolution de la végétation est alors régi par le contexte topographique, pédologique, hydrologique et climatique local. Cela se traduit spatialement par une recolonisation végétale spontanée formant des biotopes aux potentialités et aux contraintes différentes et donc par une mosaïque végétale diversifiée. Les forêts riveraines des cours d’eau, laissées en évolution libre, compte tenu de leur structure et de leur fonctionnement, participent ainsi à la dynamique hydrologique et sédimentaire du système fluvial (10).
Pratiquement, lors des premières années, le boisement peut néanmoins être entretenu comme un boisement de production afin d’aider le bon démarrage et la croissance des plants. Ensuite, il peut être laissé en évolution libre. Un suivi doit cependant subsister afin de garder un boisement en bonne santé. Ce type de boisement permet de limiter l’impact des hommes sur le sol forestier. Il permet aussi de recréer un milieu plus propice au développement de la faune et de la flore et au paysage et est le plus riche biologiquement parlant, tous taxons [6] confondus.
Dans cette logique, nous préconisons sur le site de Fraise, l’installation de bosquets composés d’un mélange d’essences feuillues autochtones adaptées (saules et aulnes glutineux). Ces bosquets seront entretenus les premières années puis gérés par la suite en évolution libre. Ces formations boisées compléteront la mosaïque d’habitats déjà présents sur le site. Cette juxtaposition de milieux est source de biodiversité.
La définition d’une zone humide n’est pas simple ; néanmoins, il est évident qu’elle inclut les milieux ouverts comme les milieux boisés. Or, force est de constater que, dans nombre d’ouvrages de référence sur ces zones humides, la prairie ou la mégaphorbiaie priment largement sur la forêt. Il nous semblait donc utile de rétablir un équilibre, en démontrant l’intérêt incontestable des zones humides boisées tant par leur richesse écologique que par leur rôle bénéfique pour la ressource en eau (7).
Recherche des aides financières et modalités de financement des boisements en périmètres de protection de captages d’eau potable :
Dans le cadre du stage, différents financeurs potentiels (Conseil Régional Poitou-Charentes, Conseil Général de la Vienne, Agence de l’eau Loire Bretagne) ont été rencontrés. Ces rencontres ont permis de connaître les conditions techniques et financières d’attribution des aides aux investissements forestiers en périmètre de protection de captage d’eau potable (les itinéraires technico-économiques de plantation devant répondre à ces critères).
Le Contrat de Projets Etat – Région 2007-2013 Poitou-Charentes signé le 19 mars 2007 intègre désormais le boisement comme méthode à part entière de protection des captages d’eau potable. L’article 12 du projet n°4 consacré à la maîtrise de la ressource en eau en quantité et en qualité et donnant la priorité à l’eau potable et aux milieux naturels, prévoit la mise en œuvre d’un programme territorialisé de reconquête de la qualité de l’eau selon la démarche « Re-Sources ». Celui-ci doit passer par :
Il semble cependant, que pour l’instant, seuls les projets de boisement situés sur les sites pilotes du programme Re-Sources seront financés par la Région. Certaines des aides financières pour la période 2007 - 2013 ainsi que leurs conditions d’attribution n’ayant pas encore été validées, celles-ci peuvent encore évoluer.
Voici un résumé des aides financières possibles pour les collectivités :
| Acquisition de parcelle en PPR | Travaux de boisement sur les parcelles en PPR | |
| Aides de l’agence de l’eau Loire-Bretagne | Subvention de 40% dans la limite d’un coût plafond | Subvention de 40% (y compris entretien pendant 3 à 5 ans) dans la limite d’un coût plafond |
| Aides de l’Agence de l’eau Adour-Garonne | Subvention de 25% dans la limite d’un coût plafond | Subvention de 25% dans la limite d’un coût plafond |
| Autres aides (Conseil Régionaux, Généraux,…) | Variables selon les projets | |
Tableau 1 : Aides financières possibles pour le boisement en PPR.
Estimation des coûts
Quel que soit celui qui travaille, propriétaire, employé ou entrepreneur, il est utile d’évaluer le temps de chaque opération ainsi que son coût (coût des fournitures mais également coût de la main d’œuvre) : ceci permet au donneur d’ordre d’établir un programme précis et de contrôler les devis.
Pour chaque parcelle à boiser, des grilles d’évaluation résumant les différentes étapes du projet ainsi que leur coût (évalué à partir des prix du marché) seront réalisées. Différentes estimations seront proposées au maître d’oeuvre en fonction des itinéraires choisis
Les projets de boisement en périmètre de protection de captage menés en Poitou-Charentes étant des projets pilotes en matière de protection de la ressource en eau potable, le maître d’œuvre, devra, en lien avec ses partenaires, mettre au point des méthodes de suivi simples et pertinentes permettant d’évaluer le rôle effectif des boisements sur la qualité de l’eau.
Il est aujourd’hui essentiel de posséder des données capables de faire évoluer les pratiques et notamment les préconisations techniques de bonne gestion forêt/eau. La création ou le renforcement de partenariats stratégiques (appui scientifique, liens contractuels, méthodes de travail avec la population…) seront essentiels à la réussite du projet.
Il sera également très important de mener des actions de sensibilisation auprès du public et de l’ensemble des acteurs locaux, cela permettra de développer un partenariat fort et un sentiment d’appropriation à l’égard du projet. Des arbres peuvent par exemple être plantés par les enfants des écoles situées aux alentours des sites pilotes de boisement. Cela permettra de sensibiliser les plus jeunes aux problèmes de pollution touchant la ressource en eau et aux différents moyens de protéger cette dernière.
Dans le cadre du stage, un poster sur le boisement en périmètre de protection de captages d’eau potables a été réalisé (cf. ANNEXE IX). Ce poster servira à la CAP lors d’expositions tournantes dans les mairies du département de la Vienne, et au CRPF Poitou-Charentes lors du « Forum de l’Environnement » (où il intègre une exposition plus générale sur la biodiversité) et lors de toutes les autres opérations de communication sur le sujet.
[1] Compléments réalisés par plantation dans un projet de boisement, reboisement ou de régénération naturelle (Source : www.crpf-limousin.com/france/lexique-forestier-71.htm)
[2] Opération culturale ayant pour but de supprimer ou d’affaiblir toute végétation susceptible de gêner le développement de semis et/ou de jeunes plants (Source : www.crpf-limousin.com/france/lexique-forestier-71.htm)
[3] Potet : trou cubique généralement de 30 cm2, creusé manuellement ou mécaniquement, avec extraction de terre déposée à proximité (Source : Le boisement des terres agricoles, IDF, Pascal Balleux et Philippe Van Lerberghe)
[4] Pralinage : Trempage des plants dans une solution d’éléments fertilisants et de matière organique. (Source : Les études de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne : Eau potable, Boiser les périmètres de protection rapprochée des captages, ONF, Agence de l’Eau Adour-Garonne)
[5] Battance : phénomène concernant un sol se tassant facilement par destruction de sa structure sous l’action des pluies en formant en surface une pellicule durcie et imperméable (Source : Cf. 8)
[6] Taxon : Groupes d’organismes vivants qui descendent d’un même ancêtre et qui ont certains caractères communs. Les embranchements, classes, ordres, familles, espèces,…sont des taxons (Source : http://www.futura-sciences.com/fr/comprendre/glossaire/definition/t/vie/d/taxon_264/)