... ou le grand gibier en surnombre peut menacer l’avenir de la forêt... Cet article fait partie d’une série de deux textes, le n° 54 de Bois et Forêts traitant de la nécessaire implication du propriétaire dans l’élaboration du plan de chasse.
Le grand gibier en surnombre peut menacer l’avenir de la forêt La faune est une composante de l’écosystème forestier dont les niveaux de population, toutes espèces confondues, peuvent compromettre la régénération ou la reconstitution des peuplements forestiers en détruisant ou en mutilant un grand nombre de jeunes arbres.
Les bois et forêts constituent un milieu de vie privilégié pour un grand nombre d’espèces animales. Elles y trouvent leur nourriture sous forme de graines, de jeunes pousses ou de feuillages, de racines ou de proies animales. Ces espaces sont aussi des lieux de tranquillité, de protection, et permettent de satisfaire un certain nombre de fonctions biologiques comme la rumination ou la reproduction. La présence des animaux se matérialise par des marques qui permettent souvent d’identifier l’auteur. Ce sont des empreintes, des déjections, le résultat de la recherche de nourriture ou le marquage de territoire.
La consommation à des fins alimentaires du feuillage, des bourgeons ou des tiges, encore appelée abroutissement, entraîne toujours une baisse de croissance du végétal mais aussi l’apparition de fourches quand l’axe principal est touché. Cette action peut entraîner la mort du sujet quand le prélèvement est répété au cours d’une même année ou s’il touche de jeunes semis. Quand l’abroutissement est généralisé sur un peuplement, les retards de croissance s’accompagnent généralement d’un appauvrissement de la diversité forestière, et dans certains cas extrêmes, peuvent aboutir à la destruction de l’état boisé au profit d’une lande arbustive (brande, genêt, ajonc, …). Le prélèvement d’écorce à des fins alimentaires est uniquement le fait des cerfs et biches. Si les écorçages sont rarement mortels pour les arbres atteints, ils les affaiblissent et sont à l’origine de colorations ou de pourritures du bois de cœur qui déprécient fortement la valeur des billes.
Les frottis qui ont lieu à la chute des velours des cervidés ou pendant la période de rut, sont des marquages olfactifs et visuels du territoire par les chevreuils et les cerfs. Les plaies causées à la partie inférieure des jeunes arbres entraînent des déformations et des dégradations irrémédiables pour leur avenir. Quand tout le pourtour de la tige est pelé, la mort de l’arbre est inévitable. Les peuplements artificiels réalisés à faible densité (peupleraies, noyeraies, truffières, enrichissements de taillis, …) sont les plus vulnérables.
Les peuplements forestiers sont uniquement sensibles dans leur phase d’installation, et c’est la répétition des dégâts dans le temps qui les met en péril. La durée de sensibilité d’un peuplement dépend de la vitesse de croissance des arbres qui le composent mais est surtout liée aux espèces animales qui le fréquentent. Cette sensibilité s’étale sur 3 ans en présence de rongeurs (lapins, ragondins, lièvres, …), elle passe aux environs de 10 ans pour le chevreuil et à 15 – 25 ans avec les cerfs et biches.
L’expérience montre que certains peuplements ont un avenir incertain quand la pression du gibier est trop importante. C’est le cas de taillis systématiquement abroutis qui perdent leur diversité d’essences (disparition des merisiers, des chênes au profit d’essences moins nobles ou d’une végétation arbustive). C’est également le cas des plantations dont plus de 20 % des sujets ont été abroutis ou frottés la même année. En présence de cerfs et biches, les écorçages peuvent se poursuivre jusqu’à la 3ème éclaircie. Le nombre de tiges écorcées entre deux passages doit rester inférieur à 10 %.
Ces situations sont souvent le reflet d’une surpopulation animale. Elles peuvent être corrigées par une augmentation des prélèvements au travers des plans de chasse. La déclaration des dégâts significatifs auprès de l’administration départementale est alors le seul moyen pour identifier les problèmes et y apporter une solution. Lire la 2ème partie
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Patrick CASTANO CRPF | 1er trimestre 2006 | 53 | Technique |