- Gestionnaire forestier et oiseaux, des bénéfices réciproques -

En Poitou-Charentes, près de 70 espèces d’oiseaux fréquentent les espaces boisés, qui sont sécurisants et riches en nourriture. Parmi elles, certaines sont strictement dépendantes de ce milieu, et d’autres ne le fréquentent que pour une partie de leurs besoins : repos, alimentation, reproduction … Comme en retour des services qu’elle leur rend, les oiseaux contribuent au bon fonctionnement biologique de la forêt.

A l’image du Pic noir qui peut manger jusqu’à 2000 scolytes (petit insecte parasite) par jour ou de la Chouette hulotte qui peut consommer près de 2000 rongeurs par an, les oiseaux régulent les populations de ravageurs. Mais leur rôle ne s’arrête pas là. Un Geai des chênes, par exemple, récolte plusieurs milliers de glands par an et en cache une partie pour les consommer ultérieurement. Ceux qu’il ne retrouve pas germent et contribuent à la régénération de la forêt. De même, les pics et les sittelles, en réduisant en copeaux le bois mort, ou les merles, en retournant la litière et les feuilles mortes participent activement à la décomposition de la matière organique et enrichissent ainsi le sol.

En retour, le gestionnaire doit veiller à maintenir les peuplements accueillants pour les oiseaux. Les exigences écologiques étant très variées d’une espèce à l’autre, voire contradictoires, il est difficile de toutes les favoriser au même endroit. Par exemple, le Pic mar appréciera les vieilles futaies de chêne alors que l’Engoulevent d’Europe préférera les grandes coupes rases ou les jeunes plantations résineuses… Globalement, varier les peuplements à l’échelle du massif est toujours positif. Plus particulièrement, en futaies régulières, ce sont les régénérations et les îlots de vieillissement qui accueillent le plus grand nombre d’espèces.

En une saison, une mésange peut consommer jusqu’à 10 000 chenilles.

Pour encourager les populations d’oiseaux à se développer, le gestionnaire peut améliorer la capacité d’accueil et veiller à la quiétude du milieu. Il peut dans un premier temps appliquer des recommandations classiques : étager les lisières et les peuplements, préserver les mares et autres milieux naturels associés, conserver un sous-étage riche et varié, laisser du bois mort… Quelques gestes sylvicoles simples peuvent profiter plus spécifiquement aux oiseaux. Ainsi, pour que la reproduction et l’élevage des jeunes se passent dans les meilleures conditions, il faut éviter d’intervenir en forêt de début mars à fin août. Pour les rapaces et la Cigogne noire, on ne s’approchera pas à moins de 50 mètres des nids. Pour les pics et les autres oiseaux cavicoles (Sittelle torchepot, mésanges, grimpereaux…) utilisant les arbres à cavités pour nicher, il convient de conserver les micro-habitats, quelles qu’en soient leur nature ou leur origine (trou de pic, fissure, écorce décollée…).

En favorisant l’avifaune, le sylviculteur contribue au bon fonctionnement biologique de sa forêt et limite les risques sanitaires. En agissant ainsi, ce ne sont pas uniquement les oiseaux qui en profitent, mais toute la forêt et le propriétaire lui-même.

Marc Mounier

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Marc MOUNIER
CRPF
1er trimestre 2013 81 Environnement
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