De plus en plus d’industriels de la filière bois sont tenus par leurs partenaires de fournir des produits « écocertifiés ». Derrière cette appellation se cache un enjeu de stratégie commerciale, dont les propriétaires doivent prendre conscience rapidement, au risque de ne plus pouvoir écouler leurs bois à l’avenir.
Dès la fin des années 70, les problèmes de déforestation en zones tropicales et les conséquences des pluies acides font émerger le concept de gestion durable des ressources naturelles. L’objectif est de répondre aux besoins sociaux, économiques, écologiques, culturels et spirituels des générations actuelles et futures.
La notion de gestion durable a tout de suite été récupérée par les associations de protection de la nature (WWF, Greenpeace,…). Celles-ci ont imaginé un label censé certifier la bonne gestion des forêts d’où proviennent les produits à base de bois : le FSC(1). Rapidement ces associations ont exigé que les grosses centrales d’achat (Castorama, Mr. Bricolage,…) s’approvisionnent exclusivement à partir de produits certifiés FSC.
Les critères de certification FSC ayant été pensés par les seules associations environnementales, le monde forestier européen a réagi en proposant son propre système : le PEFC(2). Dans le cadre du FSC, l’unité prise en considération est la propriété alors que le PEFC s’intéresse à la région. En France actuellement, les seules forêts écocertifiées le sont selon le référentiel FSC, et sont toutes de grosses propriétés. Dans notre pays, caractérisé par un morcellement important et une faible surface moyenne par propriété, le système PEFC est mieux adapté.
La mise en place et le suivi d’un tel dispositif a un coût non négligeable, quel que soit le référentiel adopté. Au final, les surcoûts liés à la certification seront supportés par l’ensemble des maillons de la filière et en premier lieu par les producteurs. Certains avaient espéré que les labels FSC et PEFC permettraient de vendre leurs bois plus cher. Il n’en est rien : l’alternative à terme risque de se résumer entre vendre ses bois à condition qu’ils aient un label, ou ne pas les vendre du tout.
Actuellement, PEFC Poitou-Charentes travaille à adapter le système PEFC au niveau régional. La région devrait pouvoir obtenir sa certification dans le courant de l’année 2002.
Concrètement, la certification concernera le propriétaire lorsqu’il sera sollicité par un acheteur qui recherchera des bois écocertifiés. Il devra lui montrer qu’il a signé et renvoyé à PEFC Poitou-Charentes un engagement de respect de la politique de qualité définie régionalement. Tout propriétaire est libre de refuser cet engagement avec le risque de voir l’acheteur retirer son offre.
L’émergence de ce concept de bois écocertifié est donc plus le fait d’une pression imposée par les grands distributeurs au monde de la forêt qu’une réelle demande des consommateurs. Alors que le bois est un matériau recyclable, renouvelable, non polluant et qui participe au stockage de carbone, il est dommage de ne pas avoir su mettre en avant ses atouts face aux autres matériaux. Espérons qu’à l’avenir, ce nouveau label aidera l’image du bois à rattraper son retard médiatique auprès du grand public.
(1) Forest Stewardship Council
(2) Pan European Forest Council
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Xavier Bartet CRPF | 2ème trimestre 2002 | 38 | Economique |