Les propriétaires forestiers peuvent aisément trouver en Poitou-Charentes, des professionnels susceptibles d’éclaircir dans les règles de l’art, leurs taillis de chênes. En effet, depuis trois ans, le CRPF, les coopératives forestières et les experts mènent une action conjointe de développement de ce type d’opération. Ayant suivi la réalisation de plusieurs chantiers, ils ont constaté que l’amélioration visée des peuplements permettait également de dégager un revenu pour le propriétaire.
Nous prendrons ici l’exemple réel d’un propriétaire forestier en Gâtine (Deux-Sèvres). Sur une vingtaine d’hectares, il a ainsi désigné à la peinture 80 à 100 baliveaux par hectare dans un taillis d’une quarantaine d’années constitué principalement de chêne. Seuls les brins concurrençant directement les tiges d’avenir ont été marqués en éclaircie, car il est primordial de maintenir une ambiance forestière. Le prélèvement correspond donc à moins de 30 % du volume sur pied. Par hectare, il représente 80 stères de bois de chauffage (5 € par stère), 20 tonnes de bois de trituration (2 à 4 € par tonne) et une dizaine de stères de bois de valeur un peu plus élevée : petits sciages, piquets ou pieux de bouchots dont les prix variaient en 2007 de 6 à 16 € par stère. Au final, l’opération aura rapporté un peu plus de 550 € par ha. Bien entendu, ceci semble relativement faible par rapport à une coupe rase de taillis qui, dans son cas, aurait avoisiné les 1 800 € par hectare. Mais en forêt, il importe de raisonner à l’échelle du cycle de production, c’est-à-dire sur plusieurs dizaines d’années.
Dans le scénario de la coupe rase, le revenu immédiat est supérieur. Par contre, le propriétaire devra attendre la coupe rase suivante, soit environ 40 ans, pour obtenir un nouveau revenu, qui proviendra là encore essentiellement du bois de chauffage. Dans le cas de l’éclaircie de taillis, le revenu immédiat est certes plus faible, mais l’intervalle entre les rentrées d’argent ne sera que de 10 à 15 ans, ce qui correspond à la période entre deux éclaircies. Les volumes prélevés seront relativement constants, mais à chaque coupe, la proportion de bois de valeur augmentera. Les prix 2008 atteints par les qualités traverse (25 à 40 € par m3), charpente (60 à 80 € par m3), voire menuiserie lors des coupes finales (100 à 150 € par m3) montrent bien que cette sylviculture mise sur la qualité des peuplements et améliore donc le revenu à terme. Les propriétaires l’ont bien compris puisqu’actuellement, plus de 400 hectares d’éclaircies de taillis sont en cours, essentiellement dans le nord de la région Poitou-Charentes.
L’éclaircie de taillis est donc un investissement qui présente peu de risques tout en offrant de bonnes perspectives économiques. Deux conditions s’avèrent néanmoins nécessaires. Tout d’abord, le sylviculteur doit disposer d’environ 80 à 100 tiges d’avenir bien réparties à l’hectare. Ensuite, la désignation des arbres d’avenir et de l’éclaircie qui en découle doit être réalisée avec grand soin. C’est de ce choix que dépend la réussite de l’opération. En cas de doute, il est vivement recommandé de faire appel pour ce marquage à un expert ou à un technicien de coopérative. Il vous en coûtera, dans des conditions normales, environ 200 € hors taxes par hectare. Toutefois, si vous disposez d’un peu de temps et que le sujet vous intéresse, vous pourrez facilement maîtriser cette technique en demandant conseil aux techniciens du CRPF ou en vous formant par le biais de stages du type « FOGEFOR* » organisés régionalement. * Formation à la gestion forestière.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Martial Hommeau CRPF | 1er trimestre 2009 | 65 | Economique |