Depuis 1950, la température moyenne du globe a augmenté de 1,2°C. Les climatologues annoncent le maintien voire l’accentuation de cette tendance sur les décennies à venir. Cette évolution devrait s’accompagner de dérèglements : précipitations accrues l’hiver, sécheresses estivales marquées, canicules, … Le forestier, qui travaille sur le long terme, doit en tenir compte, tant du point de vue du choix des variétés d’arbres que de la gestion des peuplements.
Ainsi, l’aire naturelle des essences forestières devrait se déplacer globalement vers le nord et/ou en altitude. Certaines essences souffriront énormément et risquent même de disparaître. Le hêtre, actuellement en limite de son aire de répartition naturelle, en est l’exemple type. Le Douglas, arbre de moyenne montagne, verra sa place se réduire fortement. Autre grand perdant, le châtaignier : déjà bien affaibli par les excès climatiques de ces dernières années et les attaques parasitaires (maladie de l’encre et surtout chancre de l’écorce), il ne devrait subsister et donner des produits de qualité que dans ses zones de prédilection, telles que les terres rouges (sols d’argiles de décalcification).
D’autres essences ne se maintiendront que si elles sont vraiment en « station ». Ainsi, le chêne pédonculé doit dès à présent être cantonné aux vallons bien alimentés en eau.
Une vigilance toute particulière quant à la profondeur de la nappe d’eau est de mise avant l’implantation de peupliers. Le choix de clones adaptés s’avèrera primordial. Notons qu’en matière de populiculture, la faible durée de production (15 à 18 ans) relativise le problème.
Autre conséquence du réchauffement : la substitution naturelle d’essences par d’autres. Par exemple, le frêne oxyphylle, le chêne pubescent, par leur caractère thermophile seront favorisés au détriment respectivement du frêne commun et des grands chênes de plaine. Quant au robinier faux-acacia, son développement en Poitou-Charentes est déjà bien engagé. Pour toutes ces essences, de nouvelles sylvicultures seront à imaginer.
Au-delà, le forestier peut rechercher ailleurs des essences adaptées au climat de demain. Ainsi le cèdre mériterait d’être développé en plantation, moyennant un choix adapté de provenances. Même si elle pousse lentement au départ, cette essence supplante souvent les pins au bout de quelques années. En outre, son enracinement très puissant est un avantage vis-à-vis du vent. Les pins maritimes et laricio devraient également prendre de l’ampleur dans la région, notamment sur sols filtrants.
Outre le choix des essences, la sylviculture sera adaptée à ce nouveau contexte, avec comme leitmotiv la diminution des densités d’arbres et l’abaissement de l’âge d’exploitabilité.
Reste une inconnue, la vitesse et l’ampleur du phénomène du réchauffement climatique. Si celui-ci est rapide et intense, les forestiers devront gérer des situations de crise, avec par exemple des dépérissements de forte ampleur. Plus lent et de moindre intensité, il laissera la possibilité au sylviculteur de s’adapter.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Bruno JARNY CRPF | 3ème trimestre 2010 | 71 | Essences |