L’avenir de forêts sinistrées passe d’abord par leur exploitation, indispensable avant de penser au repeuplement. Mais cette récolte pose deux problèmes : elle est dangereuse et elle est coûteuse. Une forêt détruite par le vent est truffée de dangers pour les bûcherons. Bois en équilibre, branches prêtes à rompre au moindre souffle de vent, bois en tension et en compression sont autant de pièges tendus, même pour des professionnels avertis. Une observation préalable est nécessaire avant chaque coup de tronçonneuse . Le bûcheron doit prévoir les mouvements de chaque arbre ou branche qui suivront chacun de ses gestes. Il ne faut pas oublier que la tempête de 1990 en Allemagne a causé plus de 100 morts en forêt dans les semaines qui ont suivi le désastre, aussi parmi les professionnels . En outre la fatigue supplémentaire engendrée par ce type de chantier augmente le risque encouru. Certains comparent la situation à des jeux de Mikado géants où l’extraction de chaque baguette nécessite raisonnement et concentration, mais ici perdre la partie peut coûter très cher au joueur. Une brève enquête auprès des hôpitaux régionaux nous indique déjà une recrudescence des accidents de tronçonneuse depuis le 28 décembre, heureusement sans gravité jusqu’à aujourd’hui.
Tous les responsables forestiers sont unanimes pour affirmer qu’il est hors de question d’utiliser pour le bûcheronnage des ouvriers sans formation préalable de plusieurs semaines. Il est également nécessaire de les intégrer à des équipes comprenant déjà des bûcherons avertis pouvant les encadrer.
Le travail en équipe est indispensable pour des raisons d’efficacité et de sécurité. En outre certains chantiers sont tellement inextricables (futaies résineuses totalement renversées) que seules des machines combinées d’exploitation pourront réaliser le travail .Mais ces engins se comptent sur les doigts d’une main en Poitou-Charentes et ceux d’Aquitaine ou du Limousin ont déjà fort à faire.
Les prix d’exploitation seront également un handicap à la remise en état des forêts. Les premiers chantiers réalisés montrent que le surcoût à payer peut varier de 50 % à 200 % selon l’essence et l’importance des dégâts.
Etant donné la baisse malheureusement inévitable du cours du bois, il est à craindre que seuls les bois de qualité laisseront une marge de manœuvre à l’exploitant. Pour les taillis ou les bois secondaires (pins ou peupliers pas encore mûrs) si le coût d’exploitation est supérieur au prix bois bord de route, aucun professionnel n’ira les exploiter à perte .Sans aide financière à l’exploitation de nombreux bois risquent de pourrir sur place et les parcelles resteront à l’abandon.
Le problème posé par l’exploitation est énorme. Les bûcherons en activité de la région ne pourront pas absorber rapidement le volume tombé. Des formations de nouveaux bûcherons sont à mettre rapidement en place, sans exclure de faire appel à des abatteurs d’autres régions non sinistrées, ou même d’autres pays.
L’ampleur du sinistre forestier implique d’énormes efforts humains et financiers si l’on veut se sortir de cette situation. Si les problèmes sont repoussés, le prix à payer dans les années à venir risque d’être bien supérieur : découragement des producteurs risque d’incendie, paysage dégradé, atteinte au tourisme et même disparition de la filière bois dans certains secteurs par manque de ressource. Il ne faut pas perdre de vue que le bois fait travailler 12 000 personnes en Poitou-Charentes.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc DEMENE CRPF | 1er trimestre 2000 | 29 | Technique |