- L’inquiétante progression de la Chalarose du Frêne -

La Chalarose est une maladie émergente du Frêne commun et du Frêne oxyphylle qui entraîne d’importants dépérissements. En France, elle progresse actuellement vers l’ouest et le sud. Elle a été découverte en 2015 dans les Charentes.

Les premiers cas de dépérissements de frênes ont été signalés en Pologne dans les années 1990. Mais ce n’est qu’en 2006 que la cause de la maladie est formellement identifiée. Le responsable est un champignon nommé Chalara fraxinea. En 2012, il a été montré que ce pathogène est probablement originaire de l’est de l’Asie. Il est en effet présent sur le frêne de Mandchourie sur lequel il n’occasionne aucun dégât. Aujourd’hui, la Chalarose est présente de la côte atlantique à la Russie et de la Croatie à la Suède.

Dégâts de chalarose sur les rameaux. Ces symptômes peuvent aussi avoir une autre cause, pour un diagnostic précis contacter les correspondants observateurs du Département de Santé des Forêts du CRPF.
Dégâts de chalarose sur les rameaux. Ces symptômes peuvent aussi avoir une autre cause, pour un diagnostic précis contacter les correspondants observateurs du Département de Santé des Forêts du CRPF.

En été, le champignon produit de petites fructifications blanchâtres sur les pétioles des feuilles tombées au sol l’année précédente. Des spores s’en échappent et sont véhiculées par le vent. Elles se déposent sur les feuilles de frêne en août et en septembre. Le pathogène progresse lentement vers les pousses et les rameaux de l’arbre où se développent des nécroses de couleur brun-orange assez typiques. En cas d’infection sévère, le houppier présente de nombreuses extrémités de rameaux et de branches mortes. Sa progression dans le bois est relativement réduite et seuls les multiples points d’infection provoquent un dépérissement avancé. Dans les régions très contaminées, des nécroses se développent au collet des arbres. Le stade ultime est la mort, principalement chez les jeunes sujets.

Nécrose en flamme sur tige, typique de la chalarose du frêne. La nécrose prend naissance à l’insertion d’un rameau fin infecté par le champignon.
Nécrose en flamme sur tige, typique de la chalarose du frêne. La nécrose prend naissance à l’insertion d’un rameau fin infecté par le champignon.

L’homme participe à la propagation du champignon par le transport de plants infectés. Naturellement, la dispersion aérienne de spores infectieuses est très efficace. Dans notre pays, le premier cas de Chalarose a été détecté en 2008 en Haute-Saône. Le front de maladie évolue à une vitesse de 50 km par an. Aujourd’hui, ce pathogène est présent sur une grande partie des vallées de notre région. L’évolution de la maladie y est rapide.

La sévérité de la chalarose est très dépendante de l’âge des arbres. Au stade du semis, les dégâts sont assez spectaculaires. Pour les arbres de grosseur intermédiaire, la mortalité annuelle est d’environ 10 %. Chez les adultes, les dégâts restent assez faibles. Les milieux humides sont les plus favorables à la maladie. Il est cependant fréquent, sur une même parcelle, que des frênes sans symptômes côtoient des sujets dépérissants. Il a en effet été démontré que certains individus sont suffisamment résistants pour contenir la maladie. Cette résistance est héréditaire, ce qui signifie qu’elle est transmissible aux semis.

Il est donc vivement recommandé de préserver les frênes peu dépérissants qui constitueront très certainement un réservoir d’individus tolérants. Ceux-ci assureront une nouvelle génération qui devrait permettre le maintien de l’espèce.

Il est également fortement recommandé de ne plus planter cette essence. Une plantation constitue un risque élevé d’introduction du champignon dans les zones encore saines. Elle est dans tous les cas fortement compromise à plus ou moins long terme.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Alain ROUSSET
CRPF
Année 2016 94 Environnement
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