Bois et Forêts de Poitou-Charentes a voulu faire le point sur la culture de la truffe. Monsieur HIMONNET professeur d’Agronomie et responsable de la plate-forme expérimentale sur la truffe au L.P.A de Jonzac a bien voulu répondre à nos questions.
Bois et Forêts : Dans l’état actuel des connaissances, pourriez-vous préciser à nos lecteurs les exigences de la truffe ?
Monsieur HIMONNET : La truffe ou plutôt les truffes sont des champignons souterrains. Certaines sont très recherchées comme la truffe noire, Tuber melanosporum, (2500 F/kg) ou la truffe blanche, Tuber magnatum, (12000 F/kg) ; d’autres n’ont aucun intérêt. Dans le cas de la truffe noire, celle que nous cherchons à développer, le mycélium du champignon doit s’associer aux radicelles d’un arbre : un chêne de préférence ou un noisetier. Cette mycorhization est essentielle pour assurer son développement. La truffe noire est calcicole. L’idéal est un sol à pH de 8, avec un taux de calcaire actif compris entre 50 et 500 pour 1000 et un rapport C/N voisin de 10. Une texture équilibrée, une bonne activité microbienne et une excellente alimentation en eau sont aussi des éléments favorables. Les sols superficiels ou trop riches en pierres sont à déconseiller en l’absence d’irrigation. De même il faut exclure les défriches forestières. Il existe, dans ces dernières, des mycorhizes endémiques qui détruisent celles de la truffe noire. Les précédents culturaux à base de céréales, sur une longue période, ont donné les meilleurs résultats lors des dernières installations.
Bois et Forêts : Quand un propriétaire foncier souhaite se lancer dans cette production, quels conseils lui apportez-vous ?
Monsieur HIMONNET : Premièrement, il doit s’assurer que le précédent cultural a été céréalier sur une période d’au moins 20 ans. Puis il doit faire réaliser une analyse physico chimique du sol et la soumettre à l’un des deux conseillers spécialisés de la Région. Enfin, on ne peut que lui conseiller d’adhérer au Syndicat Départemental des Trufficulteurs. Cette adhésion, apportera une crédibilité au projet et lui permettra d’obtenir des subventions ainsi que des réductions substantielles sur les coûts des analyses et la fourniture des plants. La mise en place d’une truffière, quant à elle, est identique à une plantation forestière. Le sol sera labouré puis émietté. Si son rapport C/N est trop faible, il faut enrichir la terre par un amendement organique. Les plus utilisés sont à base de fumier, de paille ou d’écorces de pin. Les plants forestiers utilisés doivent être des plants mycorhizés certifiés par le C.T.I.F.L. ou l’I.N.R.A. Ils sont conditionnés en mottes ou en pots anti-chignons. On utilise en général un mélange d’essences 3/4 de chêne vert et (ou) pubescent et 1/4 de noisetier. La création de la truffière doit s’étaler sur 2 ou 3 ans tout en ayant le souci de créer des lignes homogènes : des plants d’une seule essence, du même âge, issus du même pépiniériste. Cette technique permet une meilleure colonisation du terrain par le mycélium. La plantation de 400 arbres à l’hectare à l’écartement de 7 m x 3,5 m est la plus utilisée. L’installation d’une protection gibier devrait être systématique lors de chaque création.
Bois et Forêts : Est-il nécessaire d’entretenir une truffière ?
M. HIMONNET : Les entretiens sont impératifs. Ils doivent être réguliers et au moins annuels. Le passage croisé d’un outil à dents ou d’un disque au mois d’avril est souvent suffisant. Surtout s’il est complété par un traitement chimique à base de glyphosate au pied des arbres. Dès la troisième année, les arbres doivent être taillés en hiver. On doit donner aux houppiers la forme d’un cône renversé. Cette forme assure un ensoleillement maximum au sol. L’installation d’une fétuque ovine traçante est conseillée dans les sols profonds ou irrigués. Elle apportera de la matière organique lors du renouvellement des racines. Elle est aussi un support pour la faune microbienne et régénére la structure du sol. Cette graminée permet en plus de maîtriser le développement de la flore indésirable (les dicotylédones) et de visualiser les "brûlés". Quant à la récolte, elle s’effectue entre le 1er décembre et la fin février. La localisation du champignon s’effectue à "la mouche" ou avec un animal dressé, le plus souvent un chien. Le piochage systématique du sol est à proscrire, car il détruit à brève échéance (2-3 ans) la truffière. Les premières récoltent peuvent intervenir dès l’âge de 5-6 ans.
Bois et Forêts : Existe-t-il des subventions pour aider les planteurs ?
M. HIMONNET : Le prix de revient pour installer une truffière varie de 13 000 F à plus de 42 000 F. Cette différence s’expliquant par les écarts de prix pratiqués par les pépiniéristes (30 à 55 F pour un plant) et par les différences de densité utilisée. Des aides peuvent être obtenues pour les plantations réalisées sur des surfaces supérieures à 15 ares et inférieures à 3 ha et comprenant 300 à 600 plants. Une première aide de 5000 F/ha est versée par l’Etat et la Région au titre du XIème plan. Cette subvention est octroyée à la constitution du dossier (relevé cadastral, plan d’installation, analyse du sol). La seconde du même montant est financée par le FIDAR. Son versement est effectué après réalisation de la plantation et sur fourniture des factures des pépiniéristes. Une aide complémentaire est allouée par le Syndicat départemental des trufficulteurs. Elle consiste en des rabais de 5 % sur les analyses et de 10 % sur la fourniture des plants. De plus, deux techniciens pour le développement de cette culture sont prévus au niveau régional. Ils seront à la disposition des planteurs.
Bois et Forêts : A 2500 F le kilo, le marché de ce champignon se porte bien, mais quel est son avenir ?
M. HIMONNET : La production française est déficitaire puisque nous ne produisons que 35 % de la consommation intérieure. Notre marché est actuellement alimenté par des importations en provenance notamment de l’Espagne, l’Italie et de pays asiatiques. Les truffes de cette dernière provenance, bien que de moindre qualité, sont actuellement présentes sur de nombreux marchés. Leur commercialisation à bas prix (moins de 1000 F/kg) nous pose beaucoup de problèmes.
Monsieur HIMONNET, nous vous remercions pour cet entretien.
La plate-forme expérimentale du LPA de Jonzac
A Jonzac existe un outil de développement inscrit dans un réseau national, financé par la Communauté des Communes de la Haute Saintonge, le Conseil Général de la Charente Maritime, le Conseil Régional de Poitou-Charentes et des fonds européens. Cette plate-forme comprend : - une plantation comparative de trois essences forestières avec deux types de truffes, la truffe noire (Tuber melanosporum) et la truffe branche (Tuber magnatum) et des tests d’irrigation. - un essai de fertilisation des arbres avec un engrais organique "Fructitruffe" ; - une plantation comparative de dix clones (Chêne vert et noisetier) produits et mycorhizés in vitro par l’INRA et le C.T.I.F.L.. * un laboratoire ; * un chien dressé pour la récolte des truffes ; * une action commerciale avec la recherche de nouveaux débouchés ; * une formation annuelle de 8 jours à l’intention des producteurs financée par le FAFEA.
Des techniciens au service du développement de la trufficulture
M. HIMONNET : Ingénieur chargé d’expérimentation au L.P.A. (Le Renaudin - 17500 ST-GERMAIN DE LUSIGNAN)
M. OURZHIK : Conseiller agricole pour les départements de la Vienne et des Deux-Sèvres à la Chambre d’Agriculture de la Vienne (BP 129 - 86004 POITIERS CEDEX - Tél. 49.44.74.74)
M. MENARD : Conseiller agricole pour les départements des deux charentes à la Chambre ou M. FORESTAS d’Agriculture de la Charente (Chaumes de Crage - 16021 ANGOULEME CEDEX - Tél. 45.24.49.49)
Des organismes au service des propriétaires
Fédération Régionale des Syndicats des trufficulteurs M. VAN CAPPEL - Les Loges ( 17100 FONTCOUVERTES)
Syndicat de la Charente Mme SOULAS - Coutillas - 16380 FEUILLADE
Syndicat de la Charente Maritime M. VAN CAPPEL - Les Loges ( 17100 FONTCOUVERTES)
Syndicat des Deux-Sèvres M. des DORIDES - Domaine Marsay 7910 MISSE
Syndicat de la Vienne M. MANREZA - 86330 ST-JEAN DE SAUVES
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Patrick CASTANO CRPF | 4ème trimestre 1995 | 12 | Technique |