Fabriqué à partir de jeunes perches de châtaignier, le feuillard est une latte de bois fendue de telle sorte qu’un côté soit plat et l’autre convexe et couvert d’écorce. Le châtaignier est en effet apprécié pour l’imputrescibilité de son bois, son aptitude à la fente et sa souplesse dans le jeune âge. Actuellement, le premier emploi du feuillard est le cercle décoratif pour les barriques. Il est aussi utilisé dans le cadre d’aménagement et de décoration de jardins.
Son développement remonte au 17ème siècle. L’extension massive des plantations de châtaignier suit alors l’évolution de la demande en fruits pour l’alimentation, en bois pour le chauffage, la construction, le mobilier, le charbon et le feuillard pour le cerclage des fûts d’emballage (poissons, vin, etc…).
Au 18ème siècle, le remplacement progressif de la châtaigne par le maïs et la pomme de terre a entraîné la transformation en taillis des anciennes châtaigneraies à fruits. A cette époque, la culture de la vigne s’amplifie, nécessitant d’importantes quantités de piquets (ou carrassons), d’échalas, d’éléments de clôture, et de feuillards pour protéger les douelles lorsque les vignerons et les bateliers roulaient les barriques.
Dans la seconde moitié du 19ème siècle, les feuillardiers, appelés aussi cercliers, étaient des professionnels, des petits propriétaires ou des agriculteurs. A cette époque, on en comptait 10 000 en Haute-Vienne. L’apparition du phylloxéra en 1865 a progressivement détruit un grand nombre de vignes, réduisant considérablement la production de barriques et donc les besoins en feuillards.
Ainsi, au début du 20ème siècle, ils n’étaient plus que 5000. La seconde guerre mondiale et l’important exode rural ont fortement contribué à diminuer encore les effectifs de cercliers. Sur la commune de Bussière-Galant (87), 72 feuillardiers exploitaient un territoire de 25 hectares. Après la guerre de 1939-1945, ils n’étaient plus que 12. C’est tout « le pays des feuillardiers », dont le département de la Charente, qui a connu le même déclin.
Les méthodes de fabrication du feuillard n’ont pas changé depuis le 17ème siècle. Les outils sont restés les mêmes, la machine ne pouvant remplacer le savoir-faire de l’homme. Ce métier a ainsi traversé le temps avec succès jusqu’à la moitié du 20ème siècle. Mais aujourd’hui la nouvelle génération se désintéresse totalement de ce genre d’artisanat.
Seuls quelques anciens, nostalgiques, pratiquent encore cette activité. Il n’existe aucune formation reconnue par l’État et ce savoir-faire ne peut donc se transmettre qu’à travers l’expérience acquise par les anciens en encadrant les plus jeunes. C’est ainsi qu’à Rougnac en Charente, Yannick GLANGETAS, 25 ans, a décidé de reprendre l’atelier familial sous l’œil averti de son grand-père. Paradoxalement, faute de main d’œuvre qualifiée, la demande en feuillards, pourtant faible, est devenue difficile à honorer.
Ainsi, la tradition du feuillard semble malheureusement condamnée à s’éteindre. L’absence de curiosité pour les savoirs et les valeurs d’antan conduit à l’oubli de nos racines. N’est-ce pas le début d’un autre déclin ?
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Céline PFENDT CRPF | 1er trimestre 2003 | 41 | Technique |