Au nord de La Rochelle, à l’embouchure de la Sèvre Niortaise, la baie de l’Aiguillon est le plus vieux centre mytilicole de France. La légende raconte qu’un Irlandais échoué dans la baie il y a trois siècles avait remarqué que les moules se fixaient en grande quantité sur les bois de son épave. L’idée de planter des pieux en mer pour collecter les moules naquit de cette mésaventure. Les anfractuosités de l’écorce permettent au naissain de se fixer en avril-mai. Ce fut le début de la mytiliculture moderne.
Depuis, d’autres centres de culture se sont développés en Normandie et Nord Bretagne. En baie de l’Aiguillon les concessions accordées par les services des Affaires Maritimes représentent actuellement 400 kilomètres d’alignements de pieux : les bouchots. Cela représente 400 000 supports à moules, les autorités n’admettant au maximum qu’un pieu au mètre. 15 % d’entre eux sont à renouveler chaque année, soit 60 000 pieux correspondant à un volume d’environ 6 000 stères de bois.
Le pieu traditionnel est en chêne, avec une préférence pour le chêne pubescent, à cause de son écorce très crevassée. Mais il est rarement apte à fournir des pieux droits de plus de quatre mètres. C’est pourquoi, les chênes rouvre et pédonculé sont de plus en plus utilisés. En effet, les longueurs demandées augmentent à cause de l’envasement de la baie et de la nécessité d’aller planter plus loin en mer les pieux : elles sont de 4, 5, 6, 7 et 8 mètres. Les diamètres admis sont de 10 cm minimum au fin bout et de 30 cm maximum au gros bout.
Vers la fin des années 80, le pin maritime a été expérimenté en raison de son écorce très crevassée. Moins durable que le chêne, il est absent en baie de l’Aiguillon, mais reste utilisé vers Châtelaillon.
C’est en hiver que les pieux neufs sont installés. La moitié est enterrée et c’est le gros bout qui dépasse en mer, pour collecter plus de moules et assurer une certaine flexibilité de l’ensemble face à la houle. Les anciens mytiliculteurs affirmaient qu’un pieu de chêne coupé en bonne lune pouvait durer 15 ans. La durée de vie moyenne constatée aujourd’hui est de 6 ans. Les tarets, véritables termites marins, les rongent de l’intérieur et la houle ou la récolte mécanisée finissent de les détruire. Il est primordial de ne jamais couper le bois en forêt après le 15 décembre et avant la fin février, période d’arrêt végétatif absolu du chêne. Les pieux doivent ensuite être livrés et piqués en mer rapidement, car si l’écorce sèche ils deviennent inutilisables.
Bord de route en forêt, les pieux sont achetés en moyenne 0,75 € (5 F) du mètre linéaire. Ce prix varie selon l’accessibilité, l’emplacement de la forêt et l’importance du lot. Il correspond à une moyenne de 55 € /stère (350 F), soit plus du double du prix du bois de chauffage. Le marché est limité et partagé entre quelques fournisseurs locaux. Certains mytiliculteurs ont conservé par tradition leurs propres coupeurs de pieux en forêt, mais cette pratique tend à disparaître.
Une inquiétude se dessine parmi les partenaires de ce marché : la concurrence des bois d’importation d’Amérique du Sud. Depuis une dizaine d’années, des importateurs fournissent des pieux de palmiers « Copernicia Alba » venant du Paraguay. Malgré un prix très élevé (4,90 € du mètre linéaire), certains mytiliculteurs sont tentés par ce produit qui semble avoir une bonne longévité. Le gros avantage de ces pieux est de pouvoir être plantés à toute époque grâce à l’absence d’écorce crevassée, qui ne peut donc se dessécher ni se décoller. Paradoxalement ils permettent quand même de collecter efficacement les moules. Cependant, beaucoup de mytiliculteurs refusent leur utilisation massive à cause du prix et pour préserver l’image de leur produit « moule de bouchot de Charron » associé au traditionnel pieu de chêne. Il faut souligner que la demande pour ces pieux d’importation est consécutive à la difficulté de trouver du chêne en temps et en heure à cause du manque d’organisation de la filière régionale. L’utilisation de pieux à bouchots en chêne offre un débouché rémunérateur aux éclaircies de taillis, alors que la récolte des palmiers se fait en dehors de toute sylviculture raisonnée. Espérons que les sylviculteurs sauront s’organiser à temps avant d’être écartés de ce marché régional.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc DEMENE CRPF | 3ème trimestre 2002 | 39 | Technique |