Les régénérations naturelles ou artificielles de chêne ont leurs adeptes comme leurs détracteurs qui annoncent régulièrement, preuves à l’appui, que leur solution est la plus économe. Pourtant, il est bien difficile de répondre définitivement à cette question. Si les coûts moyens sont proches, chaque situation est un cas particulier et ce sont les conditions locales qui font pencher la balance d’un côté ou de l’autre.
Il est néanmoins possible de dégager quelques grandes tendances. La régénération naturelle consiste à accompagner le cycle de reproduction spontané des arbres. Les semenciers produisent gracieusement et plus ou moins régulièrement des graines qui formeront le futur peuplement. L’investissement initial est donc peu onéreux, mais deux paramètres viennent rapidement grever le budget du propriétaire. Tout d’abord, il faut dégager les plants de la végétation concurrente et les dépresser, c’est-à-dire diminuer leur densité pour éviter qu’ils ne s’étouffent entre eux. Ces opérations doivent être répétées pendant plusieurs années, ce qui engendre des frais non négligeables. Deuxièmement, comme tout phénomène naturel, ce mode de régénération est aléatoire. Le sauvetage des semis n’est pas automatique. Parfois, une remontée du plan d’eau les asphyxie, ou bien les semis sont mal répartis sur la parcelle ou encore envahis et étouffés par une végétation concurrente (ronce, graminées, fougère) non prévue initialement... Les travaux induits peuvent rapidement augmenter la facture. Pour résumer, une régénération naturelle est économique, si tout se passe bien.
De son côté, la régénération artificielle se caractérise par un investissement initial plus important, incluant notamment l’achat des plants et leur mise en terre. Ce seul budget peut approcher le coût de certaines régénérations naturelles tous travaux compris. Par contre, les entretiens s’avèrent souvent moins onéreux. Les dégagements concernent peu de plants, qui sont par ailleurs plus faciles à repérer. Quant au dépressage, il s’avère inutile puisque le nombre de tiges installées est faible comparé aux semis spontanés. De plus, et sous réserve d’une étude de station bien menée, la réussite d’une plantation est moins sujette aux aléas.
Ces deux modes de renouvellement ont évolué ces dernières années dans le sens d’un meilleur rapport efficacité sur investissement. Ainsi, en matière d’entretien des régénérations naturelles de chêne, l’Institut pour le Développement Forestier préconise désormais l’ouverture de cloisonnements sylvicoles de 2 à 2,5 mètres de large, espacés de 4 à 5m d’axe en axe. Broyé régulièrement, ce réseau très dense diminue de 40 à 70% la surface des lignes de semis à entretenir, tout en sécurisant et facilitant le travail. Le principal poste de dépenses s’en trouve ainsi diminué. Concernant la régénération artificielle de cette même essence, c’est au niveau des densités d’installation que les techniques ont le plus évolué. Il est désormais conseillé, en présence d’un recrû ligneux, d’abaisser la densité de plantation entre 900 à 1200 tiges par ha, ce qui diminue mécaniquement les coûts, sans pour autant hypothéquer la qualité du futur peuplement.
Ainsi, même si le choix entre régénération artificielle et naturelle est délicat, ceci ne doit pas inciter le propriétaire à repousser cette étape clé de la vie d’un peuplement.
Avec l’aimable collaboration de Jean Lemaire (Institut pour le Développement Forestier) et Frédéric Béchon (expert forestier).
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| A GUYON - A THILLOU CRPF | 3ème trimestre 2011 | 75 | Economique |