Les forestiers doivent combattre l’idée répandue que la gestion de la forêt à des fins productives ne peut être une gestion durable et qu’une mise sous cloche de celle-ci équivaudrait à sauver le poumon vert de la planète.
D’après les statistiques de la F.A.O.* des quinze dernières années, la superficie des forêts mondiales régresse au rythme inquiétant de 10 à 13 millions d’hectares par an, soit l’équivalent de la forêt française. Augmentation de la population et exploitation en bois de feu sont les principaux responsables de ce phénomène. Un seul continent voit ses forêts augmenter régulièrement au rythme d’environ 800 000 ha par an : l’Europe (hors Russie).
Parallèlement, c’est sur notre continent que l’on récolte le plus de bois dans les forêts : le prélèvement moyen annuel est de 2,6 m3 par ha alors qu’il n’est que de 1 m3 au niveau mondial. Pourtant les forêts européennes ne sont pas les plus productives du globe, alors pourquoi cet apparent paradoxe ? Simplement parce qu’il y a plus d’un siècle et demi que notre continent a abandonné l’économie de cueillette du bois pour pratiquer ce qu’on n’appelait pas encore « gestion durable » de la forêt : sylviculture, reboisements et programmation des coupes. De la même manière, pour se nourrir de protéines animales, les sociétés humaines durent développer l’élevage quand l’idée que la chasse ne suffirait pas s’imposa d’elle-même.
En plus de répondre aux besoins en bois de la société, gérer la forêt de manière productive est aussi la seule façon de donner aux forêts le fameux rôle de « puits de carbone » que l’on veut leur assigner sur le plan environnemental. Très schématiquement, le bilan chimique de la photosynthèse d’un végétal peut se résumer ainsi : libération de vapeur d’eau, d’oxygène et fixation du carbone extrait du gaz carbonique de l’atmosphère pour fabriquer les sucres dont chaque plante a besoin. La forêt étant la formation végétale qui a la plus grande masse grâce à ses troncs, c’est aussi celle qui contient le plus de carbone. Une forêt inexploitée, ou une forêt primaire (comme la forêt primaire amazonienne) ne stocke pas de carbone durablement. En effet, la fixation du carbone par les arbres vivants ainsi que leur production d’oxygène est globalement compensée par la mort d’autres arbres qui libèrent en se décomposant une quantité équivalente de gaz carbonique, l’un des gaz à effet de serre. Chaque organisme vivant étant mortel, on ne connaît à ce jour qu’une méthode pour qu’une forêt fixe à long terme du carbone : exploiter ses arbres quand ils sont mûrs et en bonne santé, les transformer en matériau bois dans lequel le carbone sera durablement stocké et replanter à leur place de jeunes arbres qui perpétueront le processus de fixation lié à la photosynthèse.
N’en déplaise à notre côté poète, seules les forêts gérées pour produire durablement du bois d’œuvre pourront remplir le rôle de stockage du carbone et de production d’oxygène, souhaité par la société.
* Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture, institution spécialisée de l’ONU (Organistation des Nations Unies).
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc Demené CRPF | 4ème trimestre 2004 | 48 | Environnement |