- La gestion durable dépasse la simple prise en compte des fonctions environnementales de la forêt -

De nos jours, il n’est pas un discours de politique générale d’entreprise ou de pays qui n’emploie le mot "durable". Pourtant, la signification de ce terme reste souvent floue, et ce d’autant plus qu’il peut être utilisé de manière abusive, parfois à mauvais escient. Il convient donc de rappeler comment est apparue l’idée de gestion durable et ce qu’elle signifie réellement.

En 1968, un rapport international modélise les relations entre croissance économique, démographique et ressources naturelles à l’échelle mondiale. Les conclusions s’avèrent catastrophiques et entraînent la prise de conscience suivante : notre développement n’est pas "durable", en ce sens que le maintien de nos habitudes mène inexorablement à une disparition des ressources naturelles.

Les instances internationales s’interrogent donc. Des embryons de définition sont proposés sur la base suivante : le développement durable permet aux générations actuelles de répondre à leurs besoins sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. L’idée généreuse et intuitive de la transmission d’un patrimoine préservé à nos enfants est donc confirmée.

En matière forestière, la conférence d’Helsinki pose, en 1993, les grands principes de la gestion durable des forêts pour le continent européen. Ainsi est considérée comme durable, une gestion forestière qui permet le maintien, la conservation et l’amélioration :

  • des ressources forestières,
  • de la vitalité des écosystèmes forestiers,
  • des fonctions de production des forêts,
  • de la diversité biologique dans les écosystèmes forestiers,
  • des fonctions de protection assurées par la forêt (notamment vis-à-vis des sols et de l’eau),
  • des autres bénéfices et conditions socio-économiques (paysage, loisirs, …).

Les européens précisent ainsi la nature, riche et diversifiée, du patrimoine à transmettre aux générations futures. Les fonctions de production en font très clairement partie.

Toute démarche prenant en compte, consciemment ou non, ces six critères, s’inscrit dans une logique de gestion durable. Peut être, comme Monsieur Jourdain qui s’exprimait en prose sans le savoir, pratiquez vous une gestion forestière durable.

Si ce concept semble théorique, ses implications s’avèrent néanmoins concrètes. Tout propriétaire de forêt sollicitant une aide de l’Etat doit désormais présenter une garantie de gestion durable, de type Plan Simple de Gestion ou Code de Bonnes Pratiques Sylvicoles. En matière de marchés pour les produits bois, une part croissante des acheteurs exige que soit certifiée la gestion durable des forêts, par le label PEFC* à titre d’exemple.

En tout état de cause, réduire l’aspect durable aux seules fonctions environnementales relève de l’erreur manifeste. La gestion durable est multifonctionnelle : économique, environnementale, sociale. Ceci est d’autant plus vrai que, pour l’immense majorité de nos forêts, c’est la fonction économique qui finance les fonctions environnementales et sociales.

* Programme de reconnaissance mutuelle de certification forestière.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Arnaud Guyon
CRPF
1er trimestre 2005 49 Environnement
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