Bois et Forêts : Durant l’hiver dernier, on a pu remarquer de nombreux pins sans aiguilles. A quoi est dû ce problème ?
Jean-Michel Mounier : Les défoliations observées localement, principalement dans le Sud des Charentes, sont dues à la processionnaire du pin. Les chenilles de ce papillon de nuit éclosent dans notre région fin août, début septembre. Elles ont un comportement grégaire et consomment durant la nuit les aiguilles des pins. Au cours de leur cycle, elles passent par 5 stades larvaires. Au début, elles mesurent environ 5 millimètres de long et décapent la surface des aiguilles. Lors de leurs déplacements successifs, elles tissent des "pré-nids" blancs et légers où vivent les colonies. Lorsqu’elles atteignent le dernier stade larvaire à partir de novembre, elles confectionnent un nid d’hiver blanc et soyeux, véritable radiateur solaire. Elles quittent ce nid, généralement situé dans la partie haute des pins, durant la nuit pour se nourrir. C’est la période où les défoliations sont les plus importantes. A partir du mois de février, elles abandonnent le nid en procession et descendent s’enfouir dans le sol. Elles se transforment alors en chrysalides. Il est à noter que dans notre région, ces processions sont parfois observées dès la fin décembre.
B. & F. : Quelle devrait être l’évolution des populations durant l’hiver prochain ?
JM. M. : La prolifération de ces insectes est cyclique. En moyenne les gradations ont lieu tous les 5 à 7 ans et durent 1 à 2 ans. Au vu des dégâts observés en Aquitaine durant l’hiver dernier, on peut s’attendre à avoir de fortes défoliations dans notre région à partir de décembre prochain. Les pins noirs d’Autriche, laricio, taeda et maritimes sont les plus attaqués par la chenille processionnaire du pin. Cependant les cèdres et parfois les douglas peuvent être colonisés. Lors des attaques de masse, les dégâts sont souvent spectaculaires et certains peuplements peuvent être défeuillés à 100 %. En général, ce sont les lisières exposées au sud ou les jeunes peuplements qui sont les plus touchés car les chenilles ont besoin de chaleur en hiver.
B. & F. : Quelles sont les conséquences de ces gradations et que peut-on faire ?
JM. M : Les dégâts occasionnés par la processionnaire du pin sont de deux types. Les défoliations importantes entraînent une perte de production ligneuse qui peut être estimée à 30 % durant les 2 ou 3 années suivant les dégâts. En cas d’attaques répétées et en présence de facteurs aggravants, tels que les sécheresses ou les canicules, des mortalités peuvent survenir principalement dans les jeunes boisements. De plus, les arbres étant affaiblis, d’autres insectes tels que les scolytes peuvent les attaquer et occasionner des dépérissements. Hormis les dégâts que subissent les pins, les hommes et les animaux peuvent être victimes de cette chenille. En effet, à partir du troisième stade larvaire, son corps est recouvert de poils urticants qui peuvent engendrer des lésions importantes chez les sujets particulièrement sensibles.
Concernant les méthodes de lutte, des traitements aériens biologiques à base de bacillus thuringiensis sont régulièrement réalisés dans les zones touristiques, en bordure du littoral.
Dans nos forêts, il est préférable de laisser faire la nature. En effet, un cortège d’ennemis naturels tels que champignons, insectes et prédateurs se développe à la suite des proliférations de chenilles et permet de réguler leurs populations.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Bois et Forêts CRPF | 4ème trimestre 2010 | 72 | 3 questions à |