- La régénération du châtaignier par semis pour produire des gros bois -

Le châtaignier occupe en Poitou-Charentes 21 000 ha gérés très majoritairement en taillis assez productifs coupés tous les 20 à 30 ans. Ce mode d’exploitation fournit presque exclusivement des petits bois destinés au piquet, chauffage, papier et pour une faible proportion au parquet dont le débouché est en forte baisse depuis une vingtaine d’années. Par contre l’industrie est très demandeuse de plus grosses billes de cette essence qui peuvent être payées sur pied jusqu’à 150 € le m3 pour la qualité menuiserie ébénisterie. Mais ce débouché nécessite des arbres de 130 à 150 cm de circonférence, dimension atteinte exceptionnellement dans les taillis régionaux.

La conversion des taillis en futaie par régénération naturelle par semis concerne les meilleures stations. Elle vise à produire à terme ces bois au débouché plus rémunérateur pour le sylviculteur. En outre, le traitement en futaie est moins épuisant pour le sol que le traitement en taillis. Il permet aussi de remplacer des ensouchements souvent vieillissants ou malmenés lors des dernières tempêtes par de jeunes brins de franc pied. De plus, la roulure est généralement moins présente dans les bois issus de futaies.

L’élimination mécanique des souches par une cisaille montée sur pelle coûte environ 1 000 euros/ha.
L’élimination mécanique des souches par une cisaille montée sur pelle coûte environ 1 000 euros/ha.

La technique de conversion en futaie est relativement simple à mettre en œuvre pour le châtaignier. Elle consiste à faire une coupe rase unique sur la parcelle en début d’hiver et à débarder les bois dès l’exploitation terminée. Il faut ensuite impérativement détruire les souches mécaniquement pour éviter que les rejets n’étouffent les semis par la suite. Dans notre région, la fructification régulière et abondante du châtaignier permet de donner naissance à un minimum de 10 000 semis par hectare (un par mètre carré) dès le printemps suivant la coupe. La difficulté consiste à coordonner exploitation, débardage et destruction des souches, le tout devant être terminé en mars afin que les semis se développent sans perturbation. Ceux-ci sont beaucoup moins convoités par les cervidés que les rejets de souches, plus riches en sels minéraux et plus appétants.

Une fois la régénération acquise, il faudra opter pour un itinéraire technique qui permettra d’obtenir vers 40/45 ans un peuplement de 150 à 200 tiges/ha de francs pieds de 130 à 150 cm de circonférence. L’expérimentation actuelle propose deux voies pour atteindre cet objectif. Un premier itinéraire très dynamique où l’on intervient dès 3 ou 4 ans par passage d’un gyrobroyeur sur les 2/3 de la surface en ne laissant qu’une bande de semis d’un mètre de large tous les trois mètres. Cette intervention facilite les éclaircies ultérieures et permet d’augmenter la taille des brins exploités en première éclaircie. L’autre solution consiste à n’intervenir qu’à 12 ans pour la première éclaircie, ce qui laisse plus de choix lors de la sélection des tiges d’avenir de la futaie. Mais le travail peut être compliqué par une circulation plus délicate dans la parcelle et l’extrême difficulté de trouver un débouché à ces petits bois. Ensuite, dans les deux cas, une série d’éclaircies permettra de sélectionner les 200 tiges à l’hectare du peuplement final.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF
3ème trimestre 2011 75 Essences
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