La régénération naturelle des futaies par semis est une technique séduisante : elle ne bouleverse pas le milieu et semble économique dans un contexte de baisse des crédits. Cependant, elle ne rime pas avec gratuité et absence de travaux. Ce mode de renouvellement n’est pas une solution universelle et nécessite le respect de certains préalables.
Tout d’abord, l’essence à régénérer doit être adaptée à la station. Il faut être vigilant avec certaines espèces telles que le chêne pédonculé, le frêne ou encore l’érable sycomore qui ont tendance à coloniser des terrains ne correspondant pas à leur optimum écologique. Elles peuvent connaître des dépérissements lors d’une sécheresse, d’une inondation, d’un grand froid…
Puis il faut s’intéresser aux futurs semenciers. Le peuplement à régénérer doit être composé d’arbres de bonne qualité et en nombre suffisant. Le jugement se fait sur l’aspect. C’est ainsi que les tiges présentant de gros défauts (brogne, gélivure, …) seront éliminées. Les semenciers sont des arbres en bon état sanitaire, matures, mais pas trop âgés car la fertilité diminue. Leur cime doit être dégagée afin d’augmenter la fructification. Cinquante tiges par hectare bien réparties sur le terrain sont suffisantes pour assurer une bonne régénération.
Un diagnostic précis de la station est indispensable. Le but poursuivi est de mettre en évidence les facteurs pouvant compromettre la régénération. C’est ainsi que les stations argileuses, en situation de plateau mal drainé ou en position topographique basse, peuvent être susceptibles d’une remontée du plan d’eau après l’exploitation des semenciers. C’est alors la mort assurée des jeunes sujets. Le diagnostic doit également mettre en évidence la nature de la végétation pouvant être concurrente et sa vigueur. Si la fougère-aigle, les graminées ou la ronce sont très abondantes avant la régénération, le forestier devra alors les affaiblir ou les détruire. Se pose enfin le problème de la lumière. Le semis de chêne peut vivre la première année à l’ombre, mais il doit impérativement être mis en lumière dès la deuxième année. Toutefois, un éclairement trop brutal peut faire exploser la végétation concurrente. Il faut alors extraire le sous-étage et les semenciers en plusieurs étapes mais sans dépasser un délai de 5 à 8 ans.
Enfin, il faut pouvoir estimer la pression du gibier, notamment en cerf, chevreuil et sanglier. Même si les dégâts sont moindres sur une régénération naturelle qu’en plantation, une forte population peut tout de même dévaster une parcelle. Des demandes d’augmentation de plan de chasse peuvent être nécessaires.
La régénération naturelle est une pratique peu utilisée en forêt privée dans notre région. Si l’on souhaite la développer, il faut s’assurer que les conditions précédemment énoncées sont réunies. Au-delà, il faut garder à l’esprit que c’est une technique exigeante, qui nécessite un suivi attentif et constant.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| I BARRANGER - A GUYON CRPF | 3ème trimestre 2011 | 75 | Technique |