Bien que sa croissance soit plus faible que les nouvelles sélections, le peuplier ’Blanc du Poitou’ a toujours sa place dans la populiculture régionale. C’est un cultivar local, rustique et longévif. S’il parvient à maturité alors que les conditions de marché sont mauvaises, le propriétaire peut se permettre d’attendre de meilleurs cours sans perte de production, alors que des peupliers plus performants ne croissent plus ou dépérissent.
Clone euraméricain, le ’Blanc du Poitou’ est le résultat d’une sélection effectuée à la fin du XIXème siècle dans le marais poitevin. Il est caractérisé par un tronc flexueux avec un port étroit en "pinceau" et un débourrement tardif (25 jours après le ’Peuplier d’Italie’).
Le ’Blanc du Poitou’ demande une bonne alimentation en eau. La nappe d’eau estivale doit toujours être présente à un mètre de profondeur. Ce peuplier, qui craint les sols compacts, argileux ou limoneux purs, donne les meilleurs résultats dans les sols tourbeux évolués, voire argilo-limoneux avec une nappe d’eau à l’étiage proche de 80 cm. Il est le seul cultivar envisageable dans les sols à plan d’eau estival proche de la surface. Toutefois, en deçà de 50 cm de profondeur, il est risqué de le planter.
Hormis le vent qui cause de gros dégâts sur les sols superficiels (chablis) et des bris de cime liés aux écorçages des écureuils, le peuplier ’Blanc du Poitou’ reste un arbre peu sensible aux différentes maladies et parasites.
Ce cultivar présente une croissance intéressante, si l’on respecte les quelques conseils qui suivent. La plantation sera profonde et se fera au jet d’eau sous pression ou à la tarière. En bordure d’une haie ou d’un peuplement préexistant, les deux ou trois premières lignes seront constituées par un peuplier peu sensible au phototropisme (il recherche la lumière et fuit l’ombre) comme le ’I.45-51’. La végétation herbacée sera détruite ou contrôlée au cours des premières années pour faciliter le démarrage des plants et éviter les attaques des insectes xylophages, telles que Saperde et Saisie. Les tailles de formation enlèveront systématiquement les grosses charpentières dès leur apparition. En appliquant cette règle, la constitution d’une bille élaguée sur six à huit mètres de haut ne pose aucun problème.
Dans ces conditions, le ’Blanc du Poitou’ atteint facilement les dimensions d’exploitabilité (140 à 150 cm de circonférence) autour de 20 ans. Son bois de couleur blanche et de bonne qualité est très recherché par l’industrie du déroulage en vue de fabriquer des contreplaqués ou des emballages alimentaires.
Ce cultivar a été délaissé à la fin des années 80 au profit de clones plus productifs dans le jeune âge. Pourtant, sa rusticité et sa facilité de conduite en font une valeur sûre qui connaît depuis quelques années un regain d’intérêt. Par ailleurs, il importe de conserver ce « vieux monsieur » qui fait partie intégrante du patrimoine régional.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Patrick CASTANO CRPF | 3ème trimestre 2009 | 67 | Essences |