- Le Platane : des problèmes sanitaires qui limitent son utilisation forestière -

Très souvent planté comme arbre d’alignement et d’ornement, le Platane est peu utilisé en tant qu’arbre forestier. On lui reconnaît pourtant une excellente vigueur et un bois de qualité. Cependant, cette essence connaît de graves problèmes sanitaires.

Le Platane peut être planté dans des terrains très variés, mais il trouve son optimum dans les vallées. Il pourrait alors devenir une bonne alternative au Peuplier. Avec une sylviculture dynamique, son bois peut avoir des utilisations proches de celles du Hêtre. Bien qu’en Poitou-Charentes la situation sanitaire du Platane soit actuellement satisfaisante, il est nécessaire de connaître les divers pathogènes qui l’affectent avant d’envisager son utilisation forestière.

La principale maladie qui touche le Platane est le chancre coloré. L’agent responsable est le champignon Ceratocystis platani. Cette maladie décime les arbres en l’espace de 3 à 7 ans. Le champignon s’installe dans les vaisseaux du bois qu’il obstrue. La contamination se fait par la voie d’une plaie sur le système aérien mais également à travers les soudures qui s’opèrent entre les racines d’arbres voisins (anastomose racinaire). Il se transmet de proche en proche par l’intermédiaire du vent, de la pluie ou d’interventions humaines (élagage, navigation, travaux de voirie). La présence de cours d’eau aggrave considérablement son pouvoir de contamination et le transport des bois infectés peut également véhiculer le champignon. Le diagnostic est confirmé par l’observation sur le bois de nécroses de couleur bleue-violacée, prenant la forme de flamme. L’écorce se craquelle mais reste adhérente au tronc. Il n’y a pas d’autre solution que d’abattre les arbres contaminés ainsi que leurs proches voisins. Cette lutte se réalise selon des procédures strictes et sous contrôle des services en charge de la protection des végétaux. Aucun traitement phytosanitaire efficace n’a pu encore être élaboré. La sélection de platanes résistants génétiquement est actuellement la seule piste pertinente.

Cette maladie a été introduite en France à la fin de la seconde guerre mondiale, à l’occasion du débarquement en Provence de caisses de munitions. Réellement identifiée dans les années 70, elle devient alors responsable de la mort de milliers de platanes dans les Bouches du Rhône et le Vaucluse. Depuis 2005, la maladie s’est étendue en région Midi-Pyrénées, affectant de façon dramatique le canal du midi. Le pathogène a été également signalé dans les départements de la Savoie et de la Loire. Dans la région Aquitaine, il a été découvert en Lot-et-Garonne. Ces derniers foyers marquent l’avancée du pathogène vers le nord et l’ouest.

Autre pathogène spécifique : le Tigre du platane (Corythucha ciliata). Cet insecte piqueur-suçeur de sève est une punaise présente sur tout le territoire français. Les adultes passent l’hiver sous les plaques d’écorce. Au début du printemps, ils quittent leur abri et se positionnent à la face inférieure des feuilles pour s’alimenter. La prise de nourriture entraîne une dépigmentation caractéristique de la surface foliaire par petits points blancs. Les feuilles fortement atteintes chutent prématurément et l’arbre peut se retrouver défolié à la fin de l’été. Les platanes affaiblis deviennent beaucoup plus sensibles aux champignons. Des attaques sévères et successives peuvent entraîner la mort d’arbres particulièrement stressés.

Pour des raisons de sécurité, de nombreux alignements de platanes ont été supprimés au bord des routes.
Pour des raisons de sécurité, de nombreux alignements de platanes ont été supprimés au bord des routes.

L’anthracnose du platane est quant à lui un champignon foliaire. Son développement est favorisé par des printemps frais et humides. Les feuilles atteintes brunissent, se flétrissent et tombent. L’arbre peut alors perdre une grande partie de son feuillage. L’anthracnose entraîne l’affaiblissement général des sujets atteints. Cependant la maladie cesse d’évoluer par temps sec. L’arbre peut alors former de nouvelles feuilles.

Au regard de tous ces risques sanitaires, le développement du platane, notamment en forêt, ne peut que rester limité. Son utilisation en diversification peut être envisagé, mais sur de faibles surfaces.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
C. NIGEN - A. ROUSSET
CRPF
Année 2015 89 Essences
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