Depuis un siècle les chimistes du carbone savent synthétiser à partir du charbon ou du bois la plupart des produits que l’on extrait aujourd’hui du pétrole. Carburants, huiles, alcools, acides et solvants divers ou gaz combustibles sont des produits issus pour une grande part de la pétrochimie depuis les années 60, époque révolue du pétrole bon marché.
L’augmentation inexorable du prix du baril a incité les chimistes à redécouvrir en les perfectionnant les procédés permettant de synthétiser ces substances à partir de charbon et de bois. Mais le charbon reste un combustible fossile et les industriels orientent désormais leurs recherches vers des sources de carbone renouvelables pour pérenniser ces filières. Le gisement le plus abondant se trouve sous forme de lignocellulose issue du domaine végétal. Le bois et les coproduits agricoles, dont la paille, en font partie. L’Institut Français du Pétrole Energies Nouvelles travaille aujourd’hui dans ce domaine en vue d’augmenter la part de combustible renouvelable dans les produits pétroliers.
A Poitiers, la structure de recherche Valagro a déposé depuis 1992 une cinquantaine de brevets concernant la valorisation industrielle du carbone renouvelable. Une de leurs équipes travaille sur la transformation de la biomasse lignocellullosique. Elle a mis au point des méthodes économiquement viables pour valoriser cette matière première dans plusieurs domaines. Les deux plus importants sont les carburants et les matières plastiques.
Les « biocarburants de deuxième génération » sont obtenus par deux procédés. La voie biologique permet de transformer directement la cellulose en éthanol à l’aide d’enzymes et de levures. La voie thermochimique aboutit à la liquéfaction d’une farine de bois afin d’obtenir une huile comparable au pétrole brut. Celle-ci sera ensuite raffinée par des procédés voisins de ceux de la pétrochimie pour obtenir entre autres des carburants de synthèse. Actuellement, une unité préindustrielle de fabrication d’éthanol cellulosique est en construction à Melle dans les Deux-Sèvres, étape de validation nécessaire avant d’envisager la création d’usines régionales.
Les matières plastiques sont obtenues par polymérisation d’un mélange à parts égales de bois et de plastique. On obtient des écomatériaux renforcés qui permettent d’économiser jusqu’à 100% de produits pétroliers si le plastique est lui aussi issu de la biomasse. Ils sont commercialisés par Futuramat, un industriel de la région pour des usages très variés : barquettes alimentaires, manches d’outils, conteneurs de plantes, cintres, montures de lunettes, etc…
Les domaines à explorer dans la chimie du bois sont donc immenses. Le problème qui reste à résoudre est celui de l’importance de la ressource locale en bois que beaucoup convoitent aujourd’hui : papetiers, fabricants de panneaux, gestionnaires de chaufferies, fabricants de paillages, négociants en bois bûches et demain les chimistes des carburants et des plastiques. Il sera sans aucun doute difficile pour nos forêts régionales de satisfaire en même temps les besoins grandissants de tous ces appétits.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc DEMENE CRPF | 4ème trimestre 2011 | 76 | Economique |