- Le chauffage aux bûches doit se moderniser pour mériter le titre d’énergie propre -

La bûche est la première des énergies renouvelables en France. Elle représente plus de 80 % du bois énergie consommé en Poitou-Charentes. D’après l’Association Régionale Energie Climat, 1 700 000 stères sont brûlés annuellement en région. Le bois déchiqueté et le granulé de bois, même avec une augmentation rapide des volumes consommés, représentent donc moins de 20 % du bois énergie consommé. Cette suprématie de la bûche durera vraisemblablement encore de nombreuses années.

Une maison très bien isolée, chauffée par un poêle de masse peut consommer moins de trois stères de bois par an

Mais énergie renouvelable ne veut pas automatiquement dire énergie non polluante. Sans même parler des cheminées à foyer ouvert, le nombre d’appareils anciens à faible rendement et donc polluants est encore important. Bien que ne représentant que 3 % de l’énergie totale consommée en France, la combustion du bois rejette dans l’atmosphère plus de microparticules dangereuses pour la santé que l’ensemble du parc de véhicules Diesel. Il en est de même pour les émissions de benzène, goudrons, et autres polluants cancérigènes. Nous devons faire évoluer positivement cette situation. Le chauffage au bois ne peut recevoir le titre d’énergie propre qu’à condition d’employer un bon combustible et de le brûler dans des appareils performants. La Suisse, l’Allemagne, les Etats-Unis et le Canada ont mis en place des réglementations strictes pour améliorer les installations de chauffage au bois et limiter ces émissions. Une bonne combustion est également synonyme d’une économie de bois pour l’utilisateur. Tout d’abord, le bois doit être sec, peu importe l’essence. Pour la bûche, ceci veut dire au moins deux ans de séchage, stockée à l’abri, et refendue pour les gros diamètres. Un bois frais abattu contient 50 % d’eau, il faut ramener ce taux à moins de 20 % pour considérer que le bois est bien sec. Le pouvoir calorifique sera alors doublé, car l’énergie de la combustion ne sera plus consommée pour évaporer l’eau contenue dans les bûches. La température du feu sera plus élevée et une part importante des molécules polluantes sera brûlée. En ce qui concerne les appareils de chauffage, la combustion des bûches a été considérablement améliorée et certains matériels peuvent afficher des rendements supérieurs à 90 %, voisins de ceux des appareils à plaquettes ou à granulés. La double combustion consiste à injecter un surplus d’air dans la partie terminale des flammes pour finir de brûler les gaz. La plupart des appareils classés « flamme verte » bénéficient de ce système. Pour éviter de fonctionner aux allures réduites qui génèrent beaucoup d’imbrûlés, un appareil à bûches doit marcher à pleine puissance et pouvoir accumuler la chaleur dégagée pour la restituer progressivement quand le foyer sera éteint. C’est le principe des chaudières à hydroaccumulation qui stockent les calories dans un gros ballon tampon de plusieurs centaines de litres d’eau. C’est aussi celui des poêles de masse qui peuvent peser jusqu’à plusieurs tonnes et accumuler dans leurs parois en pierre une chaleur qui se diffusera plusieurs heures, tout comme les anciens fours à pain. De diffusion commerciale plus récente, les poêles vendus sous le qualificatif « BBC Bâtiment Basse Consommation », disposent d’une prise d’air raccordée à l’extérieur de la maison ou des pièces à chauffer. La combustion d’un kilogramme de bois nécessitant l’apport d’environ 7m3 d’air, cette prise évite de puiser ce volume dans la pièce chauffée et donc d’y faire rentrer par compensation un volume considérable d’air froid de l’extérieur par les fuites des ouvertures. On améliore ainsi le rendement et le confort des utilisateurs.

Les chaudières à hydroaccumulation diminuent les consommations de bois et augmentent le confort de l’utilisateur.

Toutes ces améliorations permettent de diminuer considérablement la consommation de bois et les rejets toxiques liés aux mauvaises combustions. C’est seulement à ce prix que le développement du chauffage aux bûches préservera l’environnement et la ressource.

Jean-Marc Demené

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Jean-Marc DEMENE
CRPF
1er trimestre 2013 81 Economique
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