Yves Lacouture est technicien forestier au Centre d’Etudes Techniques et d’Expérimentations Forestières de la Charente. Il a mené en 2009 une campagne d’observations et de mesures des dépérissements des peuplements de chênes en Poitou-Charentes. Il est également depuis 2010 correspondant observateur du Département de la Santé des Forêts.Bois et Forêts : Pourquoi une étude sur les effets du réchauffement climatique sur les peuplements de chênes ?
Yves Lacouture : Depuis de nombreuses années, des signalements de dépérissements de peuplements de chênes, première essence de la région, sont répertoriés par le Département Santé des Forêts (DSF). Le changement climatique tel qu’il est actuellement envisagé risque d’aggraver la situation. L’une des ambitions de l’étude menée en 2009 en Poitou-Charentes et Pays de Loire, est de préciser quels sont les facteurs déclenchant ou aggravant ces dépérissements. Un outil simple de diagnostic des chênaies sera proposé aux gestionnaires afin d’adapter la gestion des peuplements.
B. & F. : Quels sont les premières conclusions de cette étude ?
Y.L. : Les chênaies pédonculées présentent un niveau de dépérissement bien supérieur aux chênaies sessiles. Pour le pédonculé, les zones les plus dépérissantes correspondent assez nettement aux régions où se conjuguent des précipitations annuelles faibles, des températures estivales fortes, une réserve utile en eau du sol limitée. Cependant, ces éléments ne sont pas les seuls à mettre en cause. D’autres facteurs influent sur les dépérissements, tel que la sylviculture pratiquée qui a conduit à accumuler un important volume de bois sur pied, avec des densités d’arbres très élevées. A cela s’ajoutent le tempérament peu sociable et les besoins importants en eau de cette essence. De plus, elle est capable de s’installer quasiment n’importe où, y compris sur des stations qui finalement ne lui permettent pas de pousser correctement ou tout simplement de survivre.
B. & F. : Quelles sont les prochaines étapes de l’étude ?
Y.L. : Cette étude pluriannuelle, financée par l’Union Européenne, le ministère en charge de l’environnement et le Conseil Régional de Poitou-Charentes, comprend plusieurs modules. Après l’état des lieux de la chênaie atlantique, l’année 2010 sera consacrée à affiner le diagnostic sanitaire par l’analyse du développement architectural des houppiers de chênes pédonculés. Un travail destiné à préciser les conditions stationnelles les plus favorables à la production de bois d’œuvre de chêne sera également mené. En parallèle, un module s’intéressera aux qualités technologiques du chêne pubescent, déjà fortement représenté dans notre région, et mieux adapté à d’éventuels problèmes de réchauffement climatique. La réalisation de guides sylvicoles, de documents de communication et d’outils de formation suivront. Enfin, l’influence des éclaircies sur l’évolution sanitaire des chênes dépérissants sera étudiée.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Bois et Forêts | 3ème trimestre 2010 | 71 | Interview |