- Le marché du pin maritime se stabilise -

Michel GRAVOUIL est salarié de la société d’exploitation forestière LOGIFOR et ancien scieur de résineux du sud de la région. Il est également propriétaire forestier et administrateur du CRPF.

Bois et Forêts : Quelle est la tendance actuelle du marché du Pin maritime et à quoi peut-on s’attendre pour les années à venir ?

Michel Gravouil : Les cours moyens du Pin maritime se sont stabilisés sur le dernier trimestre 2011. Ils sont désormais à un niveau équivalent à celui de 2008 : 3 à 5 €/stère pour la trituration, 15 à 20 €/m3 pour les petits pins et de 27 à 35 €/m3 pour ceux de plus d’1m3. Ce niveau, résolument bas, résulte de plusieurs facteurs dont le premier est clairement la crise économique que nous traversons. Aujourd’hui, face à la baisse de leurs carnets de commande, beaucoup d’industries tournent au ralenti. Prenons l’exemple de la palette qui représente plus de la moitié des débouchés pour le Pin maritime. Son marché est complètement saturé sur la région. Par ailleurs, les fins d’année et les périodes pré-électorales étant synonyme d’attentisme, il n’y aura probablement pas d’amélioration sur le premier semestre 2012. La filière panneau contreplaqué souffre aussi de la concurrence de pays exportateurs comme le Chili qui livrent en Europe des produits de qualité égale à des coûts inférieurs de 20 à 30 %. Malgré quelques variations locales, les prix sont désormais alignés sur les cours mondiaux. Il ne faut s’attendre ni à une augmentation sensible ni à un effondrement du prix du Pin maritime.

B. & F. : Le massif landais a été rudement touché par la tempête Klaus puis par les scolytes. La région Poitou-Charentes en subit-elle les conséquences ?

M. G. : À ce jour, la majorité des bois sinistrés a été exploitée. Une partie de ces bois a déjà été transformée mais environ 8 millions de tonnes sont toujours en attente sur les aires de stockage. Leur utilisation va réellement débuter au printemps 2012 et s’étaler sur les 4 à 5 prochaines années. Ces bois ne devraient pas remonter jusqu’en Poitou-Charentes. Il faut également préciser qu’avant la tempête Klaus, la ressource du massif aquitain était déjà insuffisante pour approvisionner toutes les industries. Avec les deux dernières tempêtes, le sud-ouest de la France vient de perdre 50% du stock. De son côté, la forêt picto-charentaise a été épargnée et les premières éclaircies issues des reboisements tempête vont bientôt débuter. La ressource est donc au rendez-vous et si les sciages de faible diamètre et la trituration profiteront sûrement du déficit en bois du massif aquitain, ce ne sera pas le cas des gros bois qui sont majoritairement valorisés localement. Dans tous les cas, les propriétaires de Poitou-Charentes trouveront toujours à vendre, mais ce sera au prix du marché. Il ne faut pas s’attendre à une flambée des prix.

B. & F. : La filière bois liée au Pin maritime semble fragilisée. Comment industriels et propriétaires peuvent-ils réagir pour la relancer ?

M. G. : Oui, la filière est fragilisée et pas seulement à cause de la crise financière que nous traversons. A titre d’exemple, en 2000 on comptait une vingtaine d’exploitants/scieurs sur un rayon de 30 km autour de Montlieu la Garde. Aujourd’hui, en raison du coût élevé pour la mise aux normes des installations, du manque de repreneurs, des difficultés économiques,… il n’en reste que 7 ou 8. Pour conserver leur activité, les professionnels devront innover et anticiper les besoins futurs. Le bois construction et le bois énergie sont des domaines qui devraient connaître un essor durable.

* Interview réalisée en décembre 2011

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
BOIS et FORÊTS
CRPF
2ème trimestre 2012 78 Interview