- Le retour du castor coûte cher aux forestiers -

Réintroduit sur la Loire en 1974, c’est par les rivières de la Vienne en 1999 et celle du Thouet en 2001 que le castor d’Europe a fait son retour en Poitou-Charentes. En l’espace de 15 ans il s’est multiplié et a su coloniser de nouveaux territoires en remontant les rivières et leurs affluents. Il a la possibilité de s’installer sur le moindre petit cours d’eau car une profondeur de 50 à 60 cm lui suffit. Le territoire d’une famille s’étend sur plusieurs kilomètres. Chaque femelle donne naissance à deux petits par an.

Nocturne et crépusculaire, le castor est très discret. Les traces de sa présence le sont beaucoup moins ! Cet animal, pouvant peser jusqu’à 25 kg, a un régime exclusivement végétarien, composé d’herbacées, de jeunes pousses ligneuses et d’écorces. Outre l’apport alimentaire, ses spectaculaires activités de bûcheronnage lui permettent également de récupérer de la matière première pour ses travaux de construction : hutte et barrage. Les essences qu’il affectionne le plus sont les saules et les peupliers. Et c’est là que les problèmes commencent !

Même les gros peupliers sont victimes du castor.

Les attaques de castors sont imprévisibles et inégales. Le long d’un même cours d’eau, on peut trouver un seul arbre écorcé et quelques kilomètres plus loin, une peupleraie détruite à 50 %. Cet animal amphibie est très mal à l’aise sur terre. Il cherchera toujours sa nourriture au plus près de la berge, à savoir dans la ripisylve. Si celle-ci n’est pas assez riche, il ne s’aventurera pas au-delà de 30 mètres du cours d’eau.

Pour protéger les peupliers déjà en place, une seule technique est efficace : un grillage d’un mètre de haut maintenu par 4 piquets solides. La technique est imparable sauf en cas de forte montée des eaux... mais elle est très onéreuse : 5,50 € par protection sans compter l’indispensable dépose. L’installation d’une ripisylve fournit un bon écran de protection. Le bouturage de saules fonctionne très bien et ne coûte rien si ce n’est un peu de temps. Dernière option, reculer les peupleraies de 30 m des berges ce qui représente tout de même la perte de 4 lignes d’arbres. Cela revient à condamner la populiculture dans les vallées étroites.

Au regard de la législation, le castor est strictement protégé au niveau national et européen. Sa destruction, capture, détention et commercialisation sont formellement interdites, mais ce sont également ses terriers, huttes et barrages qui sont protégés. Par ailleurs l’État n’a envisagé aucune mesure d’indemnité en cas de dégâts. C’est un handicap supplémentaire à la relance de la filière populicole récemment engagée.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Isabelle BARRANGER
CRPF
Année 2015 91 Environnement