L’Inventaire Forestier National a constaté que bon nombre des futaies régulières ou mélange taillis-futaie de chêne sont arrivés à maturité. Ces peuplements devront donc être renouvelés, soit artificiellement par plantation, soit naturellement par semis. Cette dernière technique dispose d’atouts mais implique une réelle technicité du forestier.
Le principe de la régénération naturelle consiste à éclaircir progressivement le peuplement mûr en ne laissant que les plus beaux semenciers et en supprimant le sous-étage. Cette opération peut s’effectuer en deux ou trois coupes espacées de 5 ans. Les arbres restants fournissent des semences lors des glandées qui, chez nous, sont régulières. La première coupe est complétée par un travail superficiel du sol appelé crochetage. Réalisé à l’aide d’un engin à disque (crabe) ou d’un rouleau landais, il facilite la germination des graines. Lorsque les jeunes semis sont suffisamment nombreux et régulièrement répartis, les semenciers sont supprimés lors des coupes suivantes, de manière à offrir progressivement de la lumière aux jeunes arbres. La durée de cette régénération ne devrait pas dépasser 10 voire 15 ans. Si elle est insuffisante, il faudra réaliser des plantations de compléments dans les trouées. Les opérations suivantes consisteront à dépresser les jeunes chênes qui sont très nombreux, parfois plusieurs milliers à l’hectare, afin de revenir progressivement à une densité proche de celle d’une plantation artificielle (1600 à 2000 plants par ha).
Cette technique « douce » de régénération présente plusieurs avantages. Tout d’abord, elle ne laisse jamais le sol complètement nu. En cas de risque de remontée du plan d’eau (selon les stations), celle-ci sera plus progressive car la première coupe enlève seulement une partie des arbres et la coupe définitive n’intervient que lorsque les semis sont installés. Ensuite, la densité du semis naturel limite l’impact du gibier : on se passera donc de protection, facteur d’économie. Enfin, le maintien pendant plusieurs années d’une ambiance forestière limite les conséquences d’une sécheresse occasionnelle.
Concernant les précautions et la technicité requise, il faut s’assurer que le peuplement de départ est adapté à la station (conditions de sol et de climat) et que les arbres sont de bonne qualité génétique. Attention par exemple aux peuplements de chênes pédonculés qui, de par leur comportement pionnier, se sont installés sur des sols trop secs qui ne leur conviennent pas. Pour les renouveler, il sera préférable d’envisager une plantation à base de chêne sessile, voire d’une autre essence mieux adaptée. Ensuite, il importe de bien préparer le sol (ne pas sous-estimer l’importance d’un crochetage) et de protéger les jeunes semis de la concurrence herbacée et arbustive (des dégagements sont souvent nécessaires).
On l’aura compris, lorsque la glandée survient dans de bonnes conditions, la régénération naturelle peut s’avérer très intéressante. On évite en effet tous les travaux relativement lourds liés aux plantations. Par contre, lorsque survient une difficulté (envahissement par l’herbe, mauvaise répartition des semis, …), les mesures correctives impliquent des coûts qui peuvent rendre la régénération naturelle largement aussi coûteuse qu’une plantation.
Au final, cette option doit être envisagée, mais comme toute solution qui consiste à accompagner un phénomène naturel, elle nécessite un suivi attentif et soutenu, condition indispensable de sa réussite.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Bruno Jarny-Arnaud Guyon CRPF | 3ème trimestre 2008 | 63 | Technique |