En Poitou Charentes, région agricole de plaine, les apiculteurs produisent un miel provenant majoritairement du colza ou du tournesol. L’inconvénient de ces deux plantes très productives sur le plan apicole est d’avoir chacune une époque de floraison relativement courte : au printemps pour le colza et en été pour le tournesol. Les arbres et arbustes mellifères permettent de fournir hors de ces périodes les compléments indispensables à la vie des colonies.
Les espèces forestières fournissent trois produits essentiels pour les abeilles : le nectar, le pollen et la propolis.
Le nectar, liquide sucré puisé à la base des fleurs, est le produit de base pour l’élaboration du miel dans la ruche. En région, seulement deux espèces forestières permettent d’envisager une production de miel mono floral : le châtaignier et le robinier. Les ruches doivent dans ce cas être installées au cœur des massifs forestiers de quelques dizaines d’hectares de ces essences. La brièveté de la floraison du robinier, une dizaine de jours par an, rend les récoltes très dépendantes des conditions météos durant cette période. Tous les érables, surtout l’érable champêtre, fournissent un excellent nectar, ils aident également fortement la reprise de l’activité des ruches au printemps et améliorent le rendement de la première récolte à base de colza. Les tilleuls, plus tardifs, sont aussi très productifs et fournissent un miel d’excellente qualité : un seul arbre peut générer la fabrication de plus de 10 kg de miel en une saison.
La récolte du pollen permet aux abeilles de nourrir de protéines leurs larves au redémarrage des colonies en fin d’hiver. Les saules, le noisetier et le cornouiller mâle, aux floraisons précoces de février-mars, procurent aux abeilles cette nourriture vitale en cette époque de pénurie de fleurs. Le lierre, liane forestière qui fleurit très tard en saison apporte également le pollen nécessaire pour bien affronter l’hiver.
La propolis, pâte collante et cicatrisante, est utilisée par les ouvrières pour colmater tous les interstices de la ruche. C’est à partir des prélèvements sur les bourgeons collants d’arbres tels que les marronniers et les peupliers que celle-ci est élaborée.
Afin de limiter le transport de ces récoltes par les abeilles, le rucher doit être situé à un kilomètre au maximum des arbres. Les haies champêtres sont très favorables à l’apiculture. En effet, l’éclairement latéral favorise le développement des houppiers, et donc la présence de nombreuses fleurs. On pourra donc avantageusement choisir pour planter une haie des espèces connues pour leurs qualités mellifères. L’aubépine, la bourdaine, le troène, le sureau, le buis, le cornouiller mâle, le cytise, le cormier, l’alisier torminal sont des espèces régionales intéressantes.
En forêt, les plantations à faible densité sont préférables pour la même raison d’éclairement des houppiers. Une plantation de merisiers à 600 plants par ha avec un accompagnement de noisetiers, pruniers mirobolan et éleagnus umbellata sera appréciée des abeilles. Il sera judicieux de prévoir avant la plantation un emplacement libre avec accès carrossable pour installer ultérieurement le rucher.
L’importance de la forêt pour le maintien de la biodiversité, la cueillette des champignons, la chasse, les loisirs est souvent soulignée aujourd’hui. Il ne faut pas oublier dans la liste de ces « aménités » le rôle des arbres pour la vie des insectes pollinisateurs. Sans l’abeille, une partie de l’agriculture, du maraîchage et la quasi-totalité de l’arboriculture seraient en grand péril car sans fécondation, on ne récolte ni graines ni fruits.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc DEMENE CRPF | 2ème trimestre 2009 | 66 | Environnement |