- Les éclaircies de taillis de Chêne sont souvent préférables à la coupe rase -

La demande en bois énergie est en augmentation constante. Mais un engouement trop important pour cette filière peut mener à des choix d’exploitation radicaux. Ainsi, des coupes définitives systématiques compromettent trop souvent l’avenir des parcelles.

Lorsqu’un taillis de chêne est trop âgé, au-delà de cinquante ans, sa capacité à rejeter de souche est affaiblie. Par ailleurs, le grand gibier est très friand des repousses. Ces deux éléments font qu’en l’espace d’une seule génération, un taillis peut évoluer après coupe rase vers un peuplement de noisetiers ou une lande arborée peu productive. Des mesures doivent alors être prises pour protéger les repousses des dégâts de gibier : au minimum protection des souches par la mise en tas des rémanents d’exploitation sur celles-ci, et éventuellement clôture si la pression des cervidés est forte. La coupe rase reste cependant la solution adaptée aux peuplements sur sols ingrats, aux taillis médiocres.

Même en payant un marquage à un professionnel, le sylviculteur qui vend une éclaircie de taillis reste largement bénéficiaire aujourd’hui.
Même en payant un marquage à un professionnel, le sylviculteur qui vend une éclaircie de taillis reste largement bénéficiaire aujourd’hui.

Dans les taillis bien venants, le gestionnaire doit rechercher des solutions alternatives à la coupe rase. Lorsque la qualité et l’âge du peuplement (20 à 35 ans dans l’idéal) le permettent, il est préférable de réaliser des éclaircies progressives au profit des plus belles tiges.

L’objectif à terme est de passer d’un taillis à une futaie sur souche. On distingue deux opérations successives : d’abord l’ouverture d’un cloisonnement d’exploitation et ensuite l’éclaircie proprement dite. Le cloisonnement consiste à ouvrir un réseau d’allées parallèles. Ces dernières sont destinées à sortir facilement le bois, elles évitent des dommages pour le peuplement restant et le tassement du sol. Les allées sont espacées d’une vingtaine de mètres d’axe en axe et doivent avoir une largeur de 4 mètres. Le cloisonnement est indispensable, sauf dans le cas de parcelles très petites ou bordées de chemins. Dans le taillis, le marquage de l’éclaircie consiste d’abord à ceinturer à la peinture 60 à 120 tiges d’avenir par hectare, soit un arbre environ tous les 10 mètres. Celles-ci doivent être droites, sans défauts visibles et avoir un houppier bien développé. Ensuite, on désigne les arbres à supprimer par un trait simple ou une croix de chaque côté du tronc. Ces brins doivent être situés dans l’étage dominant et gêner directement le houppier de l’arbre à favoriser. En pratique, on enlève une à trois tiges par arbre sélectionné.

Après éclaircie, il restera donc les tiges d’avenir et un peuplement d’accompagnement destiné à maintenir une ambiance forestière, soit plus de 1 000 tiges conservées au total. Le prélèvement global (cloisonnement et éclaircie) correspond à environ 30 % du volume sur pied, soit en moyenne 80 stères de bois de chauffage à l’hectare. Ceci est relativement faible par rapport à une coupe rase de taillis. Mais en forêt, il faut raisonner à l’échelle du cycle de production, soit plusieurs dizaines d’années. Dans le scénario de la coupe rase, le revenu immédiat est supérieur. Par contre, le propriétaire devra attendre la coupe suivante, environ 30 ans, pour obtenir une nouvelle recette. Dans le cas de l’éclaircie de taillis, le revenu immédiat est certes plus faible, mais l’intervalle entre les rentrées d’argent ne sera que d’une dizaine d’années, ce qui correspond à la période entre deux éclaircies. La proportion de bois d’œuvre augmente progressivement tout en gardant une production de bois de chauffage. L’éclaircie de taillis est donc une opération qui ne présente aucun risque tout en valorisant le peuplement.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Alain ROUSSET
CRPF
Année 2017 96 Technique
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