- Les essences locales sont déjà impactées par le changement climatique -

Depuis 1950, la température moyenne a augmenté de 1,2°C. D’après les climatologues, la hausse continuerait pour atteindre, dans le pire des cas, + 6,4°C en 2100. Cette augmentation de température pourrait se traduire par une généralisation des sécheresses et des canicules estivales, une augmentation des tempêtes et une plus forte pluviométrie en période hivernale. La hausse des températures a, dans un premier temps, un effet bénéfique sur la croissance des arbres en augmentant la durée de végétation et la photosynthèse chlorophyllienne. Cependant, ces bénéfices sont vite anéantis par le manque d’eau au cours de la saison de végétation. Le forestier, qui travaille sur le long terme, doit en tenir compte pour choisir les variétés d’arbres à favoriser ou à implanter.

L’aire de répartition du Chêne vert couvrirait les ¾ de la France dans moins d’un siècle .
L’aire de répartition du Chêne vert couvrirait les ¾ de la France dans moins d’un siècle .

Ainsi, l’aire naturelle des essences forestières devrait se déplacer globalement vers le nord et en altitude. Certaines espèces souffriront et risquent même de disparaître. Dans la région, le Hêtre, actuellement en limite de son aire de répartition naturelle, en est l’exemple type. Le Douglas, arbre de moyenne montagne, verra sa place se réduire. Quant au Châtaignier, celui-ci a déjà bien été affaibli par les excès climatiques de ces dernières années et les attaques parasitaires (maladie de l’encre et surtout chancre de l’écorce). Il ne devrait subsister et fournir des produits de qualité que dans ses zones de prédilection, telles que les terres rouges (sols d’argiles de décalcification). Dans notre région, les chênes sessiles et pédonculés sont les essences les plus présentes. Les effets des accidents climatiques affectent déjà fortement les chênes pédonculés et de nombreux dépérissements ont été observés depuis la sécheresse de 1976. La canicule de 2003 a amplifié ce problème. Cette essence pionnière est présente sur de nombreuses stations, y compris sur sol séchant peu propice à son développement. C’est pourtant le chêne français qui a le plus grand besoin en eau. Lors des reboisements, il faut le cantonner aux stations de vallées. Le Chêne sessile, plus sobre, résiste mieux aux stress. Toutefois, il est à proscrire sur les sols trop filtrants et calcaires. Une étude démontre qu’au début du vingtième siècle, le pédonculé avait une croissance légèrement plus importante que le sessile. Depuis les années de sécheresse de 1972 et surtout de 1976, le Chêne sessile a gardé sa vigueur alors que le Chêne pédonculé a perdu près de 20 % de croissance. Par ailleurs les parasites tels que l’encre du chêne, présente dans le Sud-Ouest de la France, pourrait gagner notre région. L’oïdium, ce feutrage blanc présent sur les feuilles de chênes, devrait se développer avec la hausse des températures.

Autre conséquence du réchauffement : la substitution naturelle d’essences par d’autres. Par exemple, le Chêne pubescent ou le Chêne vert, par leur caractère thermophile, seront favorisés au détriment des grands chênes de plaine. Quant au Robinier faux-acacia, son développement en Poitou-Charentes est déjà bien engagé. Pour toutes ces essences, de nouvelles sylvicultures seront à imaginer. Pour les reboisements, certains résineux méridionaux originaires du bassin méditerranéen pourraient présenter localement un intérêt, comme le Sapin de Nordmann ou les cèdres.

(sources : CARBOFOR, Badeau et al, 2005)

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Bois et Forêts
Année 2017 97 Essences
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