Souvent mal aimés des sylviculteurs, les insectes s’avèrent pourtant indispensables au fonctionnement des peuplements forestiers. Néanmoins, en cas de déséquilibre écologique, certaines espèces déprédatrices peuvent se multiplier et porter atteinte à la santé et à la production des forêts.
Les insectes forment le groupe d’êtres vivants numériquement le plus important au monde. Sur les 1,4 million d’espèces animales et végétales répertoriées, plus des deux tiers sont constituées d’insectes. En Europe, ce sont 10 000 espèces qui dépendent des habitats forestiers.
Toutes ont un rôle à jouer dans l’écosystème. Par exemple, certains hyménoptères comme les abeilles participent à la pollinisation de nombreux végétaux. Les larves de capricornes interviennent dans le recyclage des bois morts, dont elles consomment et digèrent la cellulose. Les minuscules insectes vivant dans les litières, du groupe des collemboles, participent activement à la transformation de la matière organique et contribuent ainsi à enrichir le sol.
D’autres insectes s’avèrent de redoutables prédateurs. C’est le cas des carabes qui se délectent de limaces. C’est également le cas des fourmis "Formica rufa" dont les individus d’une seule fourmilière peuvent consommer plusieurs milliers de chenilles par jour.
Quelques espèces s’attaquent directement aux arbres, consommant le bois, les feuilles, suçant la sève, creusant des galeries… Mais parmi les 10 000 espèces présentes dans nos forêts moins de 1 % s’avère être des déprédateurs. S’attaquant généralement aux arbres les plus faibles, elles peuvent causer des dommages conséquents aux forêts en cas de pullulation.
Pour se prémunir d’infestations de scolytes, chenilles défoliatrices ou autres, le sylviculteur doit en comprendre les causes. Lorsqu’elles surviennent, ceci signifie que l’équilibre entre prédateurs et déprédateurs est rompu : l’écosystème n’est plus assez diversifié pour se défendre seul.
L’utilisation d’insecticides, souvent peu efficace et coûteuse, s’avère délicate. En effet, peu sélectifs, les produits employés détruisent une partie de l’écosystème, qui pourra d’autant moins se protéger lors d’une attaque ultérieure.
D’autres moyens curatifs existent, telle l’extraction des bois infectés dès le début de l’attaque ou les techniques de lutte biologique impliquant l’utilisation d’insectes ou bactéries parasites des déprédateurs, de pièges à phéromones …
Mais la meilleure solution est préventive. Elle consiste à favoriser un écosystème stable, c’est-à-dire diversifié dans lequel chaque déprédateur aura son cortège de prédateurs. De même que chaque microbe induit la présence de son anticorps dans un organisme disposant de solides défenses immunitaires.
Cet accroissement de la biodiversité passe par la multiplication des niches écologiques. A l’échelle de la forêt, il s’avérera utile de préserver les milieux naturels associés, tels les mares, landes, pelouses sèches, clairières …. De même, au sein des peuplements, la présence d’au moins 5 à 10 m3 de bois mort par hectare favorise le maintien d’un cortège complet d’insectes.
La conservation de 2 à 5 arbres sénescents ou à cavité par hectare permettra d’accueillir et nourrir oiseaux et chauves-souris. Signalons qu’une chauve souris de quelques grammes dévore près de 3 kg d’insectes en une saison. Un couple de mésanges charbonnières consomme durant l’élevage des jeunes près de 20 000 chenilles. Une nichée de pics noirs (3 jeunes) est également digne de figurer dans le livre des records goulus avec 6 kg d’insectes ingérés en une saison, dont 20 % de scolytes.
Le sylviculteur essaiera de varier les types de peuplements. Il favorisera le sous-étage et le mélange d’essences. D’ailleurs, une étude de l’Institut National de Recherche Agronomique a montré que la présence d’îlots feuillus au sein de peuplements de pins maritimes pouvait réduire de manière importante les dégâts dus à la processionnaire du pin, à la pyrale, ainsi qu’au champignon armillaire.
Le coût de ces mesures préventives est à mettre en rapport avec les bénéfices qu’elles peuvent apporter à la forêt. Quand l’écologie rejoint l’économie…
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Alain PERSUY et Arnaud GUYON CRPF | 4ème trimestre 2006 | 56 | Environnement |