Marier le frêne et le peuplier sur la même parcelle est tentant, intéressant sur le plan biologique mais techniquement compliqué.
Le frêne est exploité en premier et fournit du bois de chauffage. Le peuplier est ensuite abattu, c’est le bois d’œuvre. Ce mélange n’est donc viable qu’en présence d’un débouché bois-énergie, ce qui est le cas actuellement. Encore faut-il trouver la main d’œuvre pour le mobiliser, ceci est déjà plus problématique. Il ne faut pas oublier non plus les conditions spécifiques du travail en milieu inondable.
Sur un plan écologique, l’association taillis de frêne / plantation de peuplier permet de retrouver les mêmes richesses floristique et faunistique que sous une frênaie alluviale pure. Ce n’est pas le cas en simple peupleraie. Par ailleurs, du point de vue paysager, le peuplier en mélange perd son aspect artificiel.
Mais pour nourrir un tel mélange, le sol doit être riche chimiquement et très bien alimenté en eau ; tel est le cas de la vallée de l’Antenne en Charente et Charente-Maritime. Trop humide, le sol ne sera pas apte à la croissance du peuplier. A l’inverse, très argileux et à plan d’eau profond, le frêne peinera à se développer.
Le peuplier dominant le frêne, celui-ci doit néanmoins arriver à maturité et avoir une dimension commercialisable. Cela était autrefois possible grâce à l’usage du clone ‘Blanc du Poitou’. Très longévif, avec un objectif de production de gros bois en 30 - 35 ans, le taillis de frêne pouvait grossir. Ce contexte a bien changé puisque l’industrie de déroulage recherche des bois de dimensions plus modestes (1,5 m3 en moyenne, soit 140 cm de circonférence). Demain, compte-tenu de la demande, il sera possible de couper à 130 cm de circonférence, ce qui se fait déjà en vallée de la Garonne. Les clones modernes seront exploités entre 13 et 18 ans maximum. Quel sera alors l’aspect du frêne ?
Pour toutes ces raisons, il est souhaitable de modifier les techniques de plantation. Une solution consiste à augmenter la distance entre peupliers afin que le frêne ait de la lumière plus longtemps. Autre possibilité : éloigner les lignes de plantation les unes des autres (de 10 à 14 m) et resserrer les plants sur la ligne (5 à 6 m) pour conserver au minimum 120 peupliers à l’hectare.
Naturellement, il faudra s’adapter à la taille et à la forme de la parcelle.
L’entretien d’une telle plantation diffère peu du schéma classique. Il faut pouvoir accéder aux arbres tant que la hauteur définitive d’élagage n’est pas atteinte. Pour ce faire, le passage du gyrobroyeur sera localisé à un côté, voire de chaque côté de la ligne de plantation. Attention quand même, la présence de souches imposera l’emploi d’outils adaptés à la forêt.
N’oublions pas non plus que la tempête de décembre 1999 a montré le peu d’empressement des exploitants forestiers à aller chercher des arbres renversés et empêtrés dans du taillis lui-même couché.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| André Thillou et Alain Rousset CRPF-GDF17 | 2ème trimestre 2008 | 62 | Essences |