Les feuillus ont une particularité qui manque à la plupart des résineux : ils repoussent sur souche après exploitation. Une forêt de feuillus peut donc se reconstituer sans intervention humaine après abattage. Les forestiers appellent cette sylviculture le régime du taillis, reconnaissable à la présence de brins multiples sur la même souche ou cépée. Pratiquée depuis plusieurs siècles, cette sylviculture simple se résume en une coupe rase tous les 20 à 30 ans dans la même parcelle. Elle a fourni aux hommes le bois de feu dont ils avaient besoin.
La simplicité de la méthode explique son succès, car aujourd’hui les taillis ou taillis avec futaie, représentent encore les deux tiers des forêts de Poitou-Charentes. Pratiqué dans une grande majorité des forêts privées, ce régime est presque abandonné dans les forêts domaniales destinées par l’Etat à fournir du bois d’œuvre. Largement dénigré dans tous les manuels officiels de sylviculture, le taillis présente cependant de nombreux attraits pour le propriétaire particulier. Outre sa simplicité de gestion, une parcelle classée fiscalement « taillis » est imposée dix à cent fois moins qu’une futaie. Ce régime offre l’avantage de fournir un revenu à chaque génération, souci que l’Etat n’a pas dans ses propres forêts.
De plus, le bois de feu sur pied se vend couramment 70 F par stère à des particuliers autour des zones urbaines, et même jusqu’à 100 F dans les secteurs à forte demande. Ce prix équivaut à 150 F par mètre cube réel. Le revenu des coupes est net, puisque dans le cas du taillis, rien n’est à réinvestir pour son renouvellement. A titre de comparaison, des pins maritimes mûrs se vendent 200 F/m3 après 50 années d’opérations sylvicoles coûteuses : reboisement, dépressages, éclaircies, élagages.
Pourquoi un propriétaire particulier devrait-il donc faire autre chose que du taillis dans les secteurs où celui-ci se vend bien ? Parce que dans de nombreux massifs, on constate après les coupes que cette sylviculture ne fonctionne plus : la qualité des repousses est très dégradée. Parfois même, la parcelle évolue vers la lande. Cette régression touche surtout les taillis à base de chêne, le châtaignier ou l’acacia constituant souvent des taillis très vigoureux.
Deux raisons peuvent expliquer ce phénomène : l’âge des taillis à la coupe et l’abondance de grands animaux. Autrefois, les taillis étaient coupés très jeunes (10 à 20 ans), car le bois était la seule source d’énergie face à des besoins très importants. Aujourd’hui, il n’est pas rare de couper des taillis de chêne de 50 ans ou plus. A cet âge avancé, la faculté des souches à rejeter est très nettement amoindrie. De plus, la prolifération des cerfs et chevreuils met en péril la survie de ces souches, à cause de l’abroutissement répété des rejets. L’inadaptation de l’essence au milieu naturel est de plus un facteur aggravant. De nombreux taillis de chêne pédonculé sont prédisposés à cette dégradation car installés sur des terrains trop séchants pour l’espèce.
En coupant à blanc son taillis, le propriétaire croit perpétuer une tradition ancestrale. Mais si les conditions d’une bonne repousse ne sont plus réunies, il prive les générations suivantes des récoltes futures. En cas d’appauvrissement excessif d’une parcelle après coupe, la pérennité de la forêt n’est plus assurée. C’est alors la notion même de gestion durable qui est remise en cause.
Chaque fois qu’il y a doute sur la capacité de renouvellement du peuplement, il vaut mieux éviter une telle pratique et préférer des interventions plus réfléchies. Les éclaircies de taillis dans les peuplements de qualité, les enrichissements par plantations protégées du gibier après coupe dans les taillis pauvres, sont des alternatives préférables.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Jean-Marc DEMENE CRPF | 2ème trimestre 2002 | 38 | Technique |