Maintien des futaies irrégulières, amélioration des peuplements mélangés sont les expressions qui qualifient le mieux la sylviculture dénommée Prosilva.
Les principes de cette culture des peuplements que certains qualifient de "proche de la nature" sont simples. Ils reposent d’abord sur la suppression des coupes rases car elles perturbent le milieu. Puis sur la recherche d’un mélange d’essences ; celles qui sont les plus adaptées à la station, pour créer une diversité synonyme d’équilibre. Enfin par la juxtaposition d’arbres d’âges différents qui assureront la continuité du peuplement. Dans ce cas, les vieux sujets concurrencent les plus jeunes et les éduquent : ils filent vers la lumière. Leur forme est ainsi améliorée et les interventions de taille et d’élagage sont réduites. Récoltes et travaux sont réalisés en même temps et sont peu visibles : l’aspect de la forêt ne change pas. La fréquence des interventions est élevée avec un passage tous les 4 à 6 ans sur la même parcelle. A chaque fois, on récolte les vieux arbres, on éclaircit les baliveaux et les modernes, on dégage et on dépresse les zones en régénération (taches de semis ou plantations artificielles). Certains arbres morts ou sans valeur sont conservés dans la mesure ou ils ne gênent pas un sujet d’avenir. Leur présence permet d’accueillir une faune et une flore particulières.
La mise en place d’un cloisonnement sur l’ensemble des peuplements facilite grandement les opérations de suivi. Ainsi des layons d’environ 4 m de large, ouverts tous les 30 à 40 m, favorisent les cheminements et la sortie des bois abattus.
Prosilva n’est pas une méthode précise et codifiée. Les interventions sont guidées par le souci de conserver la diversité et la complexité de la forêt. Les peuplements sont alors très stables vis à vis des aléas climatiques et sanitaires. Le sol n ’est jamais perturbé. La gestion forestière se fait sans à-coup et les partisans de cette méthode annoncent des gains de productivité d’environ 15%. Enfin chaque génération de propriétaire peut profiter du produit de ses coupes avec des investissements qui restent limités.
Mais pour mettre en oeuvre Prosilva, il faut réaliser les coupes et les travaux en régie. Les entrepreneurs et les ouvriers doivent être particulièrement qualifiés et consciencieux. La personne chargée du marquage des arbres à enlever doit accepter de manier le croissant, la serpe et le sécateur pour dégager, dépresser et tailler les jeunes arbres. Les abattages et les débardages sont délicats si l’on veut préserver les jeunes sujets. D’autre part la vente du bois se fait abattu, en bord de route.
Cette technique est mal adaptée aux petites propriétés morcelées. Le volume de bois récolté à chaque passage étant trop faible pour être commercialisé à bon prix. Pour les grands massifs, elle entraîne une uniformisation des milieux au niveau paysager et cynégétique. L’absence de coupe rase limite les lisières et les parties embroussaillées. Les zones de gagnages et de repos du gibier diminuent. De plus les dégrèvements fiscaux liés aux plantations n’ont plus cours.
Enfin Prosilva est difficilement codifiable dans les documents de gestion. Les interventions n’ont pas de définitions claires et le volume de bois mobilisable à chaque passage reste aléatoire. De plus l’impact de cette sylviculture sur les peuplements est délicat à apprécier. Et seule la comparaison d’inventaires permet de déterminer l’enrichissement ou l’appauvrissement d’une propriété ou d’une parcelle après chaque coupe.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| E.SINOU-I.BARRANGER-P.CASTANO CRPF | 1er trimestre 1999 | 25 | Technique |