- Tonnellerie : des fûts en manque de chênes régionaux -

L’industrie de la tonnellerie est très développée en Charente et Charente-Maritime. En effet, à elle seule la région Poitou-Charentes produit 50 % des tonneaux français. La proximité des terroirs du Cognac et des vins de Bordeaux, l’importance du port de La Rochelle qui facilite les exportations de barriques, en sont les principales raisons.

Dans la région, la part de bois exploitée pour la fabrication des tonneaux est en revanche très réduite. La récolte de bois destinés à la tonnellerie en Poitou-Charentes est de 5000 m3 par an. Il faut dire que les arbres doivent être d’une grande qualité, sans défauts, et de droit fil. Les caractéristiques des bois utilisables varient en fonction de la destination finale des tonneaux.

Les bois à cernes larges qualifiés aussi de bois à gros grains sont destinés au stockage des alcools tels que le cognac ou le brandy. Ils proviennent d’arbres qui ont poussé rapidement, principalement des chênes traités en taillis sous futaie, très présents en forêt privée. Ils se commercialisent 800 à 1200 francs le mètre cube sur pied en moyenne. Ces bois peuvent aussi servir au stockage du vin. Le CRPF d’Aquitaine teste actuellement l’utilisation des bois locaux pour stocker des vins de pays.

Les chênes de futaie, à croissance lente et régulière et au grain fin, sont préférés pour la conservation et la maturation des grands vins. Les bois les plus cotés proviennent des hautes futaies du Centre ou de Normandie, le plus souvent gérées par l’Office National des Forêts.

Ces bois de haute valeur –jusqu’à 3000 francs le mètre cube sur pied – sont malheureusement concurrencés par des importations de chênes en provenance des Etats-Unis. Il s’agit de chênes blancs (le chêne rouge étant moins apprécié pour la fabrication de tonneaux) aux qualités similaires aux chênes français, mais aux prix d’achat bien inférieurs.

Le trajet est long de la forêt jusqu’au chai. Les billes destinées à la tonnellerie sont tout d’abord acheminées vers les merranderies où elles seront fendues en quartier appelés merrains. En effet seul le fendage permet de respecter le fil du bois. Les merrains seront ensuite débités en planchettes de 34 mm d’épaisseur : les douelles. On obtient ainsi une meilleure étanchéité des fûts. Le rendement matière est très faible : 5 m3 de bois en grume donnent seulement 1 m3 de douelles. Elles sont ensuite stockées sur parc pendant 18 à 24 mois pour séchage. On a souvent recours à l’aspersion pour lessiver l’excès de tanin contenu dans le bois.

Puis les douelles sont travaillées, taillées et enfin assemblées en barriques de différents gabarits en fonction des vins ou alcools qu’elles contiendront. Un mètre cube de douelles permet de fabriquer 12 fûts qui seront vendus 2000 à 3500 francs pièce.

Tous les bois destinés à la tonnellerie doivent être de droit fil car les douelles sont obtenues par le fendage du bois et non par sciage. L’étanchéité s’obtient à ce prix !
Tous les bois destinés à la tonnellerie doivent être de droit fil car les douelles sont obtenues par le fendage du bois et non par sciage. L’étanchéité s’obtient à ce prix !

La tonnellerie est un débouché rémunérateur qui peut valoriser des lots de quelques arbres. Il est rare, en effet, de voir plus de 10 % d’un lot de bois partir pour le merrain. On constate de plus que les cours du merrain ont très peu baissé suite à la tempête. L’existence d’un tel marché peut donc faciliter l’écoulement de certains lots de chênes chablis.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Xavier Bartet
CRPF
3ème trimestre 2000 31 Economique
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