Nathalie Bleuse est déléguée départementale de Météo France, basée au Centre de Niort Souché.
Bois et Forêts : A l’échelle mondiale, comment le climat peut-il évoluer pour les 50 prochaines années ?
Nathalie Bleuse : L’évolution du climat dépendra du développement industriel, économique et démographique. Parmi les 4 scenarii établis par les experts internationaux, le plus plausible correspond à la poursuite, au rythme actuel, des rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ce scénario se caractérise par un accroissement continu de la population mondiale, une croissance économique avec des avancées technologiques inégales selon les pays et une faible implication de l’homme pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les résultats des simulations montrent une augmentation de la température moyenne à la surface terrestre de 1,5 à 4 °C, ainsi que des variations du régime des pluies, le tout avec des disparités importantes selon les régions. C’est ainsi que le réchauffement serait plus rapide et plus marqué dans l’hémisphère Nord. Dans l’océan arctique, ce phénomène est accentué par la réduction de la banquise qui pourrait disparaître en été au cours de la seconde moitié du XXIème siècle. Les journées de très forte chaleur (température maximale supérieure à 35 °C) devraient devenir beaucoup plus fréquentes : en France, 5 journées en moyenne par été à Paris et 20 à Marseille contre 1 actuellement. Pour l’hémisphère Sud, les océans, du fait d’une plus grande surface, auront un effet de régulation de la chaleur. Ils l’absorbent, la stockent et la réémettent plus tard en fonction des courants. A la fin du siècle, les précipitations hivernales seraient plus abondantes en France, surtout le long de la façade océanique et dans le Nord-Est.
B & F : Que faire pour limiter l’ampleur du réchauffement ?
N.B. : Du point de vue scientifique, la réponse est claire : il faut limiter les émissions de gaz à effet de serre et agir dès maintenant. Plus on attendra et plus le réchauffement et ses conséquences seront graves. Le protocole de Kyoto, signé en 1997, est un premier pas dans cette voie, mais la réduction de 5,2 % prévue est insuffisante. De plus, les Etats-Unis ne l’ont pas ratifié. Nos sociétés actuelles étant fortes consommatrices d’énergies fossiles, le réchauffement du climat pose donc le problème de nos sources d’énergie et même de nos modes de vie.
B & F : Au niveau régional, quelles sont les principales caractéristiques des sécheresses et canicules de ces dernières années ?
N. B. : La sécheresse que nous connaissons actuellement est une sécheresse sur le long terme, succession de 3 périodes sèches : un sécheresse hydrologique en 2004–2005, qui n’a pas permis la reconstitution automnale et hivernale des réserves en eau, suivie d’une sécheresse agricole l’été 2005, suivie encore d’une nouvelle absence de recharge des nappes au cours de l’automne et le début de l’hiver 2005–2006. Cette sécheresse est exceptionnelle au sens statistique, puisque on estime que la durée moyenne entre deux épisodes de ce type est de plus de 50 ans. Le phénomène est très différent de ce que nous avons connu en 2003. Il s’agissait alors d’un phénomène lié à des températures extrêmes pendant le printemps et surtout l’été, avec plus de 35° C et même 40° C localement sous abri. Les pluies avaient été proches de la normale au printemps 2003, puis absentes pendant les 20 jours de températures caniculaires. Mais l’absence de pluie pendant 3 semaines en été n’est pas par lui-même un phénomène exceptionnel.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Bois et Forêts CRPF | 2ème trimestre 2006 | 54 | Trois questions à |