Bois et Forêts : Qu’entendez-vous par "traitement irrégulier" ?
Eric Sevrin : D’une manière schématique, on peut dire qu’en futaie régulière on gère des peuplements, alors qu’en traitement irrégulier la gestion est ciblée sur l’arbre. Le traitement irrégulier convient particulièrement bien pour les anciens taillis sous futaie ou les taillis vieillis.
Il s’agit de conduire des parcelles qui comportent des arbres d’essences variées, d’âge et de diamètre différents. Le traitement irrégulier ne fait référence à aucune norme. La règle de base est de bien connaître son peuplement. L’inventaire, en plein ou par échantillonnage, est donc indispensable. Toutes les opérations sylvicoles sont conduites simultanément sur la parcelle : abattage des arbres ayant atteint le terme d’exploitabilité, repérage des arbres d’avenir dans les petits bois et éclaircie à leur profit, prélèvement de tiges dans toutes les classes de diamètre et dans tous les étages, et enlèvement des tiges du taillis et du sous-étage qui concurrencent les arbres d’avenir ou gênent les zones en cours de régénération. La désignation des arbres se fait selon le seul critère de qualité.
Les soins culturaux sont indispensables. Il faut parfois nettoyer les zones de semis, élaguer les perches d’avenir et le cas échéant introduire et entretenir des plants dans les zones vides. Ces opérations se répètent tous les 8 ans environ. L’inventaire et la récolte du bois d’œuvre peuvent avoir lieu seulement un passage sur deux.
B. & F. : Quels sont les avantages et les limites du traitement irrégulier ?
E. S. : Une telle technique nécessite une bonne connaissance de son peuplement et des potentialités de la station. Elle demande une grande compétence de la part du forestier et aussi beaucoup de passion ! Les frais liés à la gestion, aux soins culturaux et le surcoût d’exploitation sont largement compensés par l’absence de frais de reconstitution. L’exploitation doit être très soignée et il est donc préférable de vendre ses bois abattus. La vente sur pied est handicapée par la dispersion des arbres à récolter. Cela peut poser le problème du volume commercialisable dans les petites propriétés. Il faut alors pouvoir regrouper les lots. Contrairement à la futaie régulière, il n’y a pas de coupe rase. Les revenus sont donc très réguliers car les coupes ont lieu tous les 8 ans. Le couvert forestier est maintenu au fil des ans ce qui contribue à une certaine stabilité de la faune et de la flore existantes. Il faudrait cependant veiller dans les grands massifs à créer des zones de dégagement pour rompre la monotonie du paysage et conserver les espèces de milieux découverts.
Certains affirment enfin que la futaie irrégulière est plus stable devant les coups de vent, mais aucune étude ne l’a confirmé. Par contre, il est certain que la cicatrisation du peuplement sera plus rapide car de jeunes arbres sont déjà présents sur la parcelle.
B. & F. : Pensez-vous que le traitement irrégulier doit s’appliquer à tous les peuplements ?
E. S. : Non, certains peuplements ne sont pas adaptés à ce traitement. C’est le cas notamment des taillis de châtaignier. Vouloir irrégulariser à tout prix des peuplements peut entraîner des sacrifices d’exploitabilité. Ce serait un non-sens que de sacrifier des arbres sous prétexte d’obtenir un peuplement en équilibre alors que la règle d’or du traitement irrégulier est de ne jamais faire de sacrifice d’exploitabilité ! Il ne faut pas opposer gestions régulière et irrégulière. Elles sont complémentaires et nous offrent des possibilités variées pour gérer un peuplement. Le traitement irrégulier ne doit pas être un dogme. La meilleure façon d’assurer la diversité des forêts et des habitats reste de ne pas faire la même chose partout. Une étude menée dans un massif du Sud-Ouest montre que la juxtaposition des peuplements réguliers et irréguliers favorise la présence d’un plus grand nombre d’espèces d’oiseaux.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Bois et Forêts | 3ème trimestre 2002 | 39 | 3 Questions à |