Bois et Forêts : Que pensez-vous du système d’aides forfaitaires mis en place ?
Jean-Paul Dervin : Quand les aides étaient calculées à partir de devis, chaque projet était différent. Depuis 2000, la forfaitisation a été mise en place dans un but de simplification et d’efficacité. Il permet de traiter un plus grand nombre de dossiers. Par contre, les itinéraires techniques proposés sont trop restrictifs en matière de boisement et reboisement. Cela se ressent surtout au niveau de la biodiversité. On risque de voir les nouveaux boisements tendre vers une uniformisation.
Pour améliorer ce système du forfait, les services de l’Etat feront des bilans réguliers permettant à la méthode administrative d’évoluer. En ce qui concerne les propriétaires, l’objectif est de les responsabiliser. A eux de mettre en œuvre les moyens nécessaires à la réussite de leur projet. Mais un propriétaire désireux de programmer des travaux complémentaires pour s’adapter aux spécificités de son terrain ne bénéficiera pas d’aide supplémentaire. Dans ce contexte ne risque-t-on pas de voir les travaux réalisés au rabais ?
De plus, les contrôles se sont substitués aux conseils techniques faits par les DDAF. Certains propriétaires isolés seront moins bien épaulés. La visite des 4 ans risque de déceler des problèmes qui auraient pu être traités bien plus tôt.
B & F : Quel bilan pouvez-vous tirer des dossiers tempêtes ?
J-P. D. : La tempête de 1999 a détruit 30000 hectares en Charente. A ce jour nous avons déjà traité 6500 hectares en nettoyage et 1700 hectares en reconstitution. Grâce au concours du conseil général et au travail de terrain mené par les techniciens tempête du CRPF, le nombre de dossiers que nous recevons est toujours aussi important. Il faut savoir que 90 % d’entre eux ont bénéficié de l’appui d’un technicien. Leur départ va faire diminuer le nombre de dossiers d’aides.
Néanmoins nous considérons qu’au terme des deux années à venir 15000 hectares seront nettoyés, soit la moitié de la surface sinistrée. Ce bilan est extrêmement positif d’autant plus que les surfaces traitées concernent principalement les plus grandes parcelles ainsi que les parcelles détruites à 100 %. En ce qui concerne la reconstitution, les dossiers risquent de s’échelonner beaucoup plus dans le temps. C’est au niveau des peupleraies que le travail est le mieux organisé, grâce à la présence de nombreuses associations syndicales.
Pour les pins, la reconstitution est bien lancée avec l’action des coopératives. Cependant le rythme va être de plus en plus lent car la surface de ces dossiers diminue. Pour les taillis et les peuplements feuillus, c’est souvent l’option « régénération naturelle » qui est retenue. Dans ce cas les propriétaires présentent rarement une demande d’aide. Je pense que l’enveloppe prévue pour le nettoyage et la reconstitution des parcelles sinistrées devrait permettre à la forêt charentaise d’effacer toutes ses cicatrices.
B & F : Comment intégrez-vous les contraintes environnementales dans l’instruction des dossiers de demandes d’aides ?
J-P. D. : L’aide de l’Etat ne peut être accordée que si l’opération envisagée est cohérente du point de vue économique, environnemental et social. Il est de plus primordial de respecter les mesures de protection en vigueur et de tenir compte des inventaires de richesse écologique ou de fragilité des milieux. En ce qui concerne la Charente, la plupart des vallées sont intégrées dans le réseau Natura 2000. Par exemple, une conséquence directe de cette mesure est l’arrêt du financement public pour les plantations de peupliers derrière une prairie naturelle.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Bois et Forêts | 4ème trimestre 2003 | 44 | Trois questions à |