La Sarl JOSLET Scierie est spécialisée dans le sciage de chênes. Elle est installée à Chasseneuil-sur-Bonnieure, en Charente depuis janvier 2005. Cette nouvelle implantation a été l’occasion de moderniser la ligne de sciage, qui devrait permettre de transformer environ 130 m3 de grumes par jour. Michel Joslet est responsable des approvisionnements de la scierie.
Bois et Forêts : Après l’afflux de bois lié à la tempête, éprouvez-vous à présent des difficultés d’approvisionnement pour le chêne ?
Michel Joslet : Pas véritablement, mais par contre, il faut bien reconnaître que nous avons dû modifier notre stratégie d’approvisionnement. Bien que le cours du chêne soit revenu à des niveaux comparables à ceux d’avant tempête, voire même au-delà pour certaines qualités, les propriétaires privés de la région semblent hésiter à mettre en vente des coupes de cette essence. Cela nous oblige non seulement à élargir notre rayon d’approvisionnement, mais également à augmenter la part des bois achetés dans les ventes de l’ONF. Nous sollicitons également plus souvent les exploitants forestiers pour compléter les volumes dont nous avons besoin. Je voudrais donc vraiment insister auprès des propriétaires forestiers pour les inciter à reprendre leurs ventes de chênes sur pied.
B & F : Pouvez-vous nous dresser un état des lieux du marché du chêne, et nous préciser si la concurrence des pays de l’Est s’est atténuée ?
M.J. : Le marché du chêne est globalement satisfaisant, même si depuis septembre dernier, on constate un tassement de la demande, et même si l’augmentation du prix des carburants, des charges et taxes diverses plombe de plus en plus notre compétitivité. Quant à la concurrence des pays de l’Est, elle est moins agressive sur les bois sciés, en particulier parce que le prix de la matière première sur place a assez nettement augmenté. Ils restent par contre compétitifs sur les produits finis nécessitant beaucoup de main d’œuvre grâce à des coûts salariaux toujours très bas. Pour notre part, nous avons en partie pu limiter l’impact de cette concurrence en élargissant nos gammes de fabrication. Le danger vient maintenant des industriels chinois, qui par l’intermédiaire des grandes enseignes du bricolage, livrent des produits finis (portes de cuisine, parquets…) à des prix très bas, mais fabriqués avec des grumes de chêne achetées en France, à des tarifs élevés ! Il n’y a pas si longtemps, le marché du hêtre avait connu une embellie notable grâce à la demande chinoise, avant de totalement s’écrouler lorsque celle-ci a disparu. Il est donc à craindre que le même phénomène puisse se reproduire avec le chêne à plus ou moins court terme.
B & F : Dans votre démarche qualité, comment les propriétaires forestiers réagissent-ils à votre recherche de bois certifiés PEFC ?
M.J. : Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y a pas un réel enthousiasme de la part des propriétaires forestiers privés pour faire certifier leurs bois, en particulier parmi ceux qui n’ont que de petits lots à vendre, et qui constituent traditionnellement une part significative de notre approvisionnement. La pression de nos clients étant pour l’instant faible quant à leur demande en produits certifiés, nous continuons donc malgré tout d’acheter des coupes en forêt privée, que les bois soient certifiés ou non. Les achats réalisés lors des ventes de l’ONF, dont toutes les forêts sont certifiées PEFC, suffisent de toute façon à satisfaire les commandes que nous recevons pour ces produits. Je voudrais ajouter que, dans une négociation avec un propriétaire, lorsque l’on évoque la certification PEFC, et depuis peu la contribution volontaire obligatoire (CVO), on ressent très rapidement un blocage. Dans ces deux domaines, il y a donc encore beaucoup à faire pour informer et sensibiliser les propriétaires : face à ces démarches qui leur paraissent compliquées et contraignantes, ils risquent de se désintéresser de la gestion forestière et de limiter leurs ventes de bois.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Bois et Forêts CRPF | 1er trimestre 2006 | 53 | Trois questions à |