Bois et Forêts : Comment s’est déroulée l’exploitation des chablis dans votre secteur d’approvisionnement ?
Thierry Baillarguet : La vallée moyenne de la Boutonne, en amont de St Jean d’Angély, est une des régions où le peuplier a été le plus durement frappé par la tempête. L’exploitation des chablis s’est opérée en priorité dans les zones les plus accessibles, notamment les parties les plus étroites de la vallée et dans sa périphérie. Les arbres de bordure des terrains agricoles ont en général tous été récoltés.
L’exploitation doit maintenant se poursuivre au cœur même de la vallée, là où les distances de débardage sont les plus importantes et où un morcellement extrême du foncier nous pose des problèmes d’accès. A ce jour dans notre secteur, plus de la moitié des chablis a été évacuée. Ce pourcentage aurait pu être plus élevé si de réelles possibilités de stockage avaient vu le jour et si nous n’avions pas subi les inondations prolongées de l’hiver dernier, alors même que la demande en bois a été soutenue en 2000 et 2001. Actuellement, cette demande est faible. La reprise habituelle du marché en début d’année n’a pas eu lieu. De plus, l’arrêt des aides au transport a stoppé nos envois de bois qualité emballage vers les autres régions françaises.
Sur le plan qualité, les bois sinistrés se sont plutôt bien conservés dès lors qu’ils n’ont pas été séparés de leur souche. Ceci est surtout vrai pour les bois de gros diamètre, les peupliers de moins de 1,30 mètre de circonférence étant désormais trop dégradés. Quant aux bois coupés au pied juste après la tempête, ils sont devenus très rapidement inutilisables.
B. & F. : La ressource locale en peuplier ayant très fortement diminué, comment envisagez vous l’approvisionnement futur de votre usine ?
T. B. : Sur ce point l’incertitude est grande. Nous n’avons pas encore une vision très claire de ce que sera la ressource en bois de peuplier à court terme. Il faudra certainement faire appel à des exploitants forestiers et négociants qui nous fourniront des bois provenant de régions voisines, voire même de l’étranger comme les pays de l’Europe centrale. Le retour à un approvisionnement normal devrait être possible vers 2010, quand les jeunes peupleraies épargnées par la tempête arriveront à maturité. En attendant, la part du peuplier dans la confection de panneaux de contre-plaqué risque de baisser au profit d’autres essences comme le pin. Le prix du peuplier sur pied retrouvera un cours normal d’ici un à deux ans maximum. Même si une hausse de ce prix est envisageable, il faut bien avoir à l’esprit que celui ci sera toujours dépendant du coût de fabrication et du prix de vente du produit transformé.
B. & F. : Vous êtes également pépiniériste, pensez-vous qu’une majorité de peupleraies sinistrées seront reconstituées ?
T. B. : Nous sentons chez les propriétaires une volonté de replanter leurs parcelles sinistrées. Après le découragement des premiers instants, leur moral est vraiment en hausse. Les populiculteurs de longue date sont les premiers à vouloir recréer leurs plantations. Cependant, la remise en état des peupleraies détruites et leur reconstitution sont des opérations très onéreuses. Les aides financières sont dans ce cas absolument déterminantes. Dans ce contexte d’après tempête, la diminution de l’exonération de la taxe foncière à une durée de dix ans n’est malheureusement pas une disposition favorable pour les populiculteurs. Il faut pourtant que les propriétaires replantent car le peuplier sera toujours une essence recherchée. J’espère que ce sera pour une industrie locale qui aura réussie à conserver toute sa vitalité.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| Bois et Forêts | 2ème trimestre 2002 | 38 | 3 Questions à |