- Trois questions à un propriétaire forestier sinistré -

Trois ans après la tempête de 1999, Monsieur Lucien TISSEUIL, propriétaire de 52 ha de forêt à Exideuil, en Charente, nous présente la manière dont il a géré cet événement et les enseignements qu’il en tire.

Bois et Forêts : Quels dégâts avez-vous subis ? Où en êtes vous de la gestion de ce sinistre ?

Lucien Tisseuil : Ma propriété forestière a été durement touchée par la tempête. Les 8 ha de douglas de 30 ans, élagués et éclaircis, ont été détruits à 99%. Les taillis sous futaie de feuillus qui couvrent 20 ha ont été sinistrés à plus de 50 %. Dans les jeunes plantations de 1994, 6 ha de feuillus n’ont subi aucun dégât, mais dans les 17 ha de douglas 35 % des arbres étaient couchés. Avant même de pouvoir constater ce ravage, il m’a fallu dégager le parc du château où des arbres tricentenaires étaient au sol, empêchant toute sortie.

Il fallait faire enlever les bois avant tout et la vraie difficulté était de trouver preneur. Les prix ont logiquement chuté mais c’est surtout le manque de rigueur de certains professionnels que j’ai regretté : visites sans propositions d’achat, absence de contrat clair…

A l’heure actuelle, les douglas de 30 ans sont partis. La parcelle a été nettoyée et reconstituée dans de très bonnes conditions en décembre 2001. J’ai également signé un contrat avec le Comptoir des Bois de Brive pour les chablis feuillus, dans lequel il est bien précisé que les petits bois iront à la trituration et les troncs au sciage : rien de perdu et moins de déchets sur le sol. Le regarni des trouées sera effectué l’hiver prochain ! Quant aux jeunes douglas, ils ont été redressés et haubanés un à un.

B & F : Comment avez vous jugé le dispositif de gestion de la tempête mis en place par l’Etat, les collectivités et la filière forêt-bois ?

L.T. : Ce dispositif s’est traduit sur le terrain par une présence forte des techniciens de la Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt et du Centre Régional de la Propriété Forestière. Ils m’ont beaucoup apporté par de précieux conseils sur tout le processus de remise en état de la forêt ainsi que sur les démarches à effectuer. Concernant les aides au nettoyage et la reconstitution de mon patrimoine forestier, je les juge positives. L’Etat et les collectivités ont mis en place un programme efficace, notamment grâce aux aides pouvant s’élever à 80 % de forfaits préétablis. Je regrette néanmoins la complexité des dossiers à remplir.

B & F : Quelles leçons pour l’avenir en tirez-vous ?

L.T. : Lles leçons que je tire de cette expérience sont les suivantes. Il importe d’évacuer rapidement ses bois sinistrés, sans accepter des conditions indignes, mais sans en attendre des prix qui ne correspondent plus à ceux du marché. Cette opération permet de penser à l’avenir. Ensuite, il faut évaluer l’ampleur des travaux de nettoyage et de reconstitution à mener. Si ce travail est effectué avec précision, le dossier de demande d’aide sera plus facile à élaborer. Réagir rapidement correspond à mon tempérament d’industriel. Ma vocation pour la forêt est liée à la volonté de valoriser mon patrimoine. Je souhaite transmettre à mes enfants une propriété en excellent état Enfin, il est primordial de se faire aider par des hommes du métier. Seul, privé de l’aide des techniciens, de l’assistance financière de l’Etat, sans les échanges au sein du Syndicat des Propriétaires Forestiers et Sylviculteurs de la Charente, je n’aurais pu être aujourd’hui en pleine forme pour entreprendre l’entretien des reboisements. Soyons proches les uns des autres est la vraie leçon des catastrophes.

Auteurs et organisme Date N°  Rubrique
Bois et Forêts
2ème trimestre 2003 42 Trois questions à
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