L’ouragan Martin a sévi il y a plus de 3 ans. Au-delà du terrible désastre forestier, il est indispensable d’en tirer les conséquences et les leçons tant sur le plan économique que technique.
Le volume sinistré a été estimé à 12,5 millions de mètres cubes. Cela est dû en grande partie à la pléthore de vieux bois qui auraient dû être exploités depuis longtemps. Certes, la « forêt caisse d’épargne » peut se concevoir mais le bois reste une récolte et doit être abattu lorsqu’il est mûr. Le propriétaire forestier peut toutefois attendre quelques années afin de profiter d’une bonne conjoncture économique.
Les lots de bois de qualité et d’accès facile ont été les premiers vendus (merrain pour le chêne, déroulage pour le peuplier…). Il est donc utile de rappeler l’intérêt de se fixer un objectif qualité dans la gestion forestière. Parallèlement, l’équipement de nos forêts a dû être amélioré en catastrophe. Cet effort doit être poursuivi et mis en œuvre dans les forêts non touchées. La mobilisation de grandes quantités de bois nécessite la création de vastes aires de dépôt afin de permettre le tri du bois, son stockage et le chargement des camions. L’empierrement des chemins principaux est tout aussi important afin de permettre aux grumiers de rentrer en forêt et ainsi de raccourcir les distances de débardage. Il ne faut pas oublier les places de retournement. A cet égard, les forêts domaniales présentent un bon niveau d’équipement.
Le volume des lots mis en vente a été un élément important. Le regroupement des petits propriétaires a donc été nécessaire pour intéresser les exploitants forestiers. Simultanément, face à la pénurie de bûcherons, la mécanisation s’est développée. Le nombre de machines d’abattage a augmenté, mais pour intervenir elles demandent des chantiers d’au moins cinq hectares d’un seul tenant. Le regroupement des bois sinistrés n’a pas toujours été chose facile. Pourtant, il faudra le prévoir demain pour la vente des bois sains. Plus généralement, il conviendra donc d’envisager une gestion concertée à l’échelle d’un massif. L’amélioration du foncier reste impérative mais ne sera pas forcément suffisante pour atteindre cet objectif.
La violence du vent a été telle qu’il est impossible de dire s’il faut privilégier les essences feuillues plutôt que résineuses et s’il faut conduire les peuplements de manière irrégulière plutôt que régulière. Nombreux sont ceux qui pensent que les résineux (qui conservent leurs aiguilles en hiver) et les peupliers (situés en milieu humide) ont été les essences les plus touchées. Qu’ils imaginent les conséquences de ce même coup de vent en été lorsque les chênes sont en pleine feuille ! Finalement, le problème ne se situe ni au niveau de l’essence ni à celui du traitement. C’est plutôt la durée du cycle de production qu’il faut réduire, ce qui n’est pas incompatible avec la production de bois de qualité.
La tempête a aussi révélé une bien mauvaise connaissance de la filière bois et des marchés, surtout à l’extérieur de la région et de la France. Dorénavant, un important travail est à réaliser dans ce domaine (fichiers d’acheteurs, bourse des bois, rôle des opérateurs économiques de la forêt privée…), afin de savoir qui achète quoi et dans quelle qualité !
Enfin, il est apparu que beaucoup de propriétaires savaient produire du bois mais pas le vendre. Des litiges entre vendeurs et acheteurs se sont révélés du fait de contrats imprécis voire inexistants et quelquefois d’impayés. La formation des propriétaires en matière de modes de vente, de rédaction des contrats, de qualité du bois, de cubage, de suivi de la vente… est aussi importante que celle traitant des techniques sylvicoles.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| André Thillou CRPF | 2ème trimestre 2003 | 42 | Technique |