Le nombre de produits agro-pharmaceutiques (herbicides, insecticides, fongicides…) utilisables en forêt se réduit peu à peu. Le renforcement des règlementations, les coûts d’homologation des produits et les mesures de réduction des substances les plus toxiques expliquent cette situation. Des impasses techniques peuvent alors apparaître. L’emploi de tels produits est pourtant déjà extrêmement réglementé. Ils doivent être homologués, ce qui veut dire que l’on ne peut les employer que dans un cadre strict (type de culture, dose maximale, époque de traitement, …). Le fournisseur et l’applicateur doivent avoir reçu un agrément cautionnant leur compétence. En forêt, l’utilisation de ces substances reste très limitée. Les traitements herbicides ne concernent par exemple que 50 000 ha par an, en comparaison des 15 millions d’ha de la forêt française, soit 3 ha traités pour 1 000 ha de bois. De plus, les traitements sont la plupart du temps localisés dans l’espace et dans le temps. Par exemple, le désherbage d’une plantation de pins ne sera effectué que sur un quart de la surface cadastrale et une fois tous les 40 – 50 ans. Pour le peuplier, la zone traitée ne couvrira que 400 à 1 400 m2 par hectare cadastral et seulement les deux à trois premières années de plantation. C’est donc un marché peu rentable pour les firmes mais qui a permis de gros progrès techniques. Le taux de reprise des plantations a été amélioré et la technique du semis pour certaines essences (chênes…) peut être mise en œuvre avec succès. Dans tous les cas, la meilleure vigueur des plants est gage de réussite et de résistance accrue vis-à-vis des parasites. L’année 2007 a vu le retrait de plusieurs spécialités commerciales et cela va continuer en 2008. Les raisons en sont la mise en œuvre du plan interministériel de réduction des risques liés aux pesticides mais surtout la nécessité d’obtenir une homologation européenne et non plus seulement française. Les matières actives existantes ont dû être réexaminées sous l’angle de la toxicologie et de l’éco-toxicologie. C’est ainsi que l’herbicide Velpar pour le désherbage sélectif des pins n’est plus autorisé. Le sulfamate d’ammonium permettant de détruire les souches va subir le même sort. Dans le domaine des insecticides, la K-Othrine va être retirée. Cela va être également le cas du Marshal Suxon qui est utilisé pour lutter contre les dégâts d’hylobe lors des replantations de pins ou douglas consécutifs à une coupe rase de résineux. Par contre, le Fusilade X2, produit anti-graminées et totalement sélectif des résineux et des feuillus même en période de croissance a été remplacé par le Fusilade-Forêt, ayant la même gamme d’emploi. Le forestier va devoir s’adapter. Il pourra par exemple modifier ou parfaire les itinéraires techniques afin de compenser l’absence d’un désherbage chimique. Une meilleure préparation du sol, une vigilance accrue sur la qualité, le transport, le stockage, la mise en place des plants, des entretiens précoces et à sol nu permettront de réussir une plantation. Dans d’autres domaines, tels que la lutte contre les insectes, il y a un risque d’impasse. C’est déjà le cas avec la grande saperde du peuplier : aucun traitement n’est possible. Et il y a peu de chance que les firmes commerciales élaborent des produits spécifiques à la forêt vu la faiblesse du marché potentiel.
| Auteurs et organisme | Date | N° | Rubrique |
|---|---|---|---|
| André THILLOU- Alain ROUSSET CRPF-GDF17 | 2ème trimestre 2008 | 62 | Environnement |